Jules Laforgue

L'Imitation de Notre-Dame la Lune, 1886


Nobles et touchantes divagations sous la Lune


 
Un chien perdu grelotte en abois à la Lune...
Oh ! Pourquoi ce sanglot quand nul ne l’a battu ?
Et, nuits ! Que partout la même Âme ! En est-il une
Qui n’aboie à l’Exil ainsi qu’un chien perdu ?
 
Non, non ; pas un caillou qui ne rêve un ménage,
Pas un soir qui ne pleure : encore un aujourd’hui !
Pas un Moi qui n’écume aux barreaux de sa cage
Et n’épluche ses jours en filaments d’ennui.
 
Et les bons végétaux ! Des fossiles qui gisent
En pliocènes tufs de squelettes parias,
Aux printemps aspergés par les steppes kirghyses,
Aux roses des contreforts de l’Hymalaya !
 
Et le vent qui beugle, apocalyptique Bête
S’abattant sur des toits aux habitants pourris,
Qui secoue en vain leur huis-clos, et puis s’arrête,
Pleurant sur son cœur à Sept-Glaives d’incompris.
 
Tout vient d’un seul impératif catégorique,
Mais qu’il a le bras long, et la matrice loin !
L’Amour, l’amour qui rêve, ascétise et fornique ;
Que n’aimons-nous pour nous dans notre petit coin ?
 
Infini, d’où sors-tu ? Pourquoi nos sens superbes
Sont-ils fous d’au delà les claviers octroyés,
Croient-ils à des miroirs plus heureux que le Verbe,
Et se tuent ? Infini, montre un peu tes papiers !
 
Motifs décoratifs, et non but de l’Histoire,
Non le bonheur pour tous, mais de coquets moyens
S’objectivant en nous, substratums sans pourboires,
Trinité de Molochs, le Vrai, le Beau, le Bien.
 
Nuages à profils de kaïns ! vents d’automne
Qui, dans l’antiquité des Pans soi-disant gais,
Vous lamentiez aux toits des temples heptagones,
Voyez, nous rebrodons les mêmes Anankès.
 
Jadis les gants violets des Révérendissimes
De la Théologie en conciles cités,
Et l’évêque d’Hippone attelant ses victimes
Au char du Jaggernaut Œcuménicité ;
 
Aujourd’hui, microscope de télescope ! Encore,
Nous voilà relançant l’Ogive au toujours Lui,
Qu’il y tourne casaque, à neuf qu’il s’y redore
Pour venir nous bercer un printemps notre ennui.
 
Une place plus fraîche à l’oreiller des fièvres,
Un mirage inédit au détour du chemin,
Des rampements plus fous vers le bonheur des lèvres,
Et des opiums plus longs à rêver. Mais demain ?
 
Recommencer encore ? Ah ! Lâchons les écluses,
À la fin ! Oublions tout ! Nous faut convoyer
Vers ces ciels où, s’aimer et paître étant les Muses,
Cuver sera le dieu pénate des foyers !
 
Oh ! L’Éden immédiat des braves empirismes !
Peigner ses fiers cheveux avec l’arête des
Poissons qu’on lui offrit crus dans un paroxysme
De dévouement ! S’aimer sans serments, ni rabais.
 
Oui, vivre pur d’habitudes et de programmes,
Pacageant mes milieux, à travers et à tort,
Choyant comme un beau chat ma chère petite âme,
N’arriver qu’ivre-mort de Moi-même à la mort !
 
Oui, par delà nos arts, par delà nos époques
Et nos hérédités, tes îles de candeur,
Inconscience ! Et elle, au seuil, là, qui se moque
De mes regards en arrière, et fait : n’aie pas peur.
 
Que non, je n’ai plus peur ; je rechois en enfance ;
Mon bateau de fleurs est prêt, j’y veux rêver à
L’ombre de tes maternelles protubérances,
En t’offrant le miroir de mes et cætera...
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Frаnсis Jаmmеs

Τоulеt : «Dеssоus lа соurtinе mоuilléе...»

Du Βеllау : «Qui а nоmbré, quаnd l’аstrе, qui plus luit...»

Μussеt : Соnsеils à unе Ρаrisiеnnе

Rоllinаt : Βаllаdе du саdаvrе

Βеllеаu : Dеsсriptiоn dеs vеndаngеs

Βruаnt : À Μоntpеrnаssе

Βruаnt : À lа Βаstillе

Lаfоrguе : Αvеrtissеmеnt

Fоurеst : Lа Νégrеssе Βlоndе

☆ ☆ ☆ ☆

Ρаtriаt : «Αсhètе qui vоudrа lе Саmеmbеrt trоp dоuх...»

Βаudеlаirе : À unе Ρаssаntе

Βаtаillе : Lе Μоis mоuillé

Βаïf : «Si се n’еst pаs аmоur, quе sеnt dоnquеs mоn сœur ?...»

Βruаnt : Ρhilоsоphе

Siеfеrt : Ρеtit еnfаnt

Οsmоnt : Sоirs d’ехil

Villiеrs dе L’Ιslе-Αdаm : Éblоuissеmеnt

*** : Τаisеz-vоus

Lа Villе dе Μirmоnt : «Ρаr un sоir dе brоuillаrd, еn un fаubоurg du nоrd...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Νоus n’еntrоns pоint d’un pаs plus аvаnt еn lа viе...» (Сhаssignеt)

De Сосhоnfuсius sur «Ô bеllе Νоémiе, аpprосhе, еmbrаssе-mоi...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Сосhоnfuсius sur «Μаdаmе sе lеvаit un bеаu mаtin d’Été...» (Rоnsаrd)

De ΟUSSΕΝΙ sur «Étrаngеr, је sеns bоn...» (Τоulеt)

De piсh24 sur Lе Liоn еt lе Rаt. Lа Соlоmbе еt lа Fоurmi (Lа Fоntаinе)

De Сurаrе- sur Lе Сhênе еt lе Rоsеаu (Lа Fоntаinе)

De Сhristiаn sur Αutоmnе (Αpоllinаirе)

De piсh24 sur Τаisеz-vоus (***)

De piсh24 sur Si tu viеns (Dеlаruе-Μаrdrus)

De Μаrсеlinе Dеsbоrdеs sur «Sаns sоupirеr vivrе iсi је n’аi pu...» (Rоnsаrd)

De Сhristiаn sur «L’аutоmnе suit l’été еt lа bеllе vеrdurе...» (Grévin)

De Сurаrе- sur Rеmоntrаnсе à un Ρоètе buvеur d’еаu (Соllеtеt)

De Μаrсеlinе Dеsbоrdеs- sur «Lе pеintrе qui vоudrаit аnimеr un tаblеаu...» (Αubigné)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Lе Ρêсhеur d’éсrеvissеs (Rоllinаt)

De Сhristiаn sur L’Εссlésiаstе (Lесоntе dе Lislе)

De Frеdеriс Ρrоkоsсh sur Lа Ρuсеllе (Vеrlаinе)

De Léо Lаrguiеr sur Léо Lаrguiеr

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Αnnе, pаr јеu, mе јеtа dе lа nеigе (Μаrоt)

De Jérômе ΤΕRΝYΝСK sur H (Μilоsz)

De XRumеrΤеst sur L’Éсuуèrе (Frаnс-Νоhаin)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur À Viсtоr Hugо (Νеrvаl)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе