Jules Laforgue

[Derniers vers]



 

Get thee to a nunnery : why wouldst thou be a breeder of sinners ? I am myself indifferent honest; but yet I could accuse me of such things, that it were better my mother had not borne me. We are arrant knaves, all; believe none of us. Go thy ways to a nunnery.
HAMLET.


 
Noire bise, averse glapissante,
Et fleuve noir, et maisons closes,
Et quartiers sinistres comme des Morgues,
Et l’Attardé qui à la remorque traîne
Toute la misère du cœur et des choses,
Et la souillure des innocentes qui traînent,
Et crie à l’averse. « Oh, arrose, arrose
Mon cœur si brûlant, ma chair si intéressante ! »
 
Oh, elle, mon cœur et ma chair, que fait-elle ?...
 
Oh ! si elle est dehors par ce vilain temps,
De quelles histoires trop humaines rentre-t-elle ?
Et si elle est dedans,
À ne pas pouvoir dormir par ce grand vent,
Pense-t-elle au Bonheur,
Au bonheur à tout prix
Disant : tout plutôt que mon cœur reste ainsi incompris ?
 
Soigne-toi, soigne-toi ! pauvre cœur aux abois.
 
(Langueurs, débilité, palpitations, larmes,
Oh, cette misère de vouloir être notre femme !)
 
Ô pays, ô famille !
Et l’âme toute tournée
D’héroïques destinées
Au delà des saintes vieilles filles,
Et pour cette année !
 
Nuit noire, maisons closes, grand vent,
Oh, dans un couvent, dans un couvent !
 
Un couvent dans ma ville natale
Douce de vingt mille âmes à peine,
Entre le lycée et la préfecture
Et vis-à-vis la cathédrale,
Avec ces anonymes en robes grises,
Dans la prière, le ménage, les travaux de couture ;
Et que cela suffise...
Et méprise sans envie
Tout ce qui n’est pas cette vie de Vestale
Provinciale,
Et marche à jamais glacée,
Les yeux baissés.
 
Oh ! je ne puis voir ta petite scène fatale à vif,
Et ton pauvre air dans ce huis-clos,
Et tes tristes petits gestes instinctifs,
Et peut-être incapable de sanglots !
 
Oh ! ce ne fut pas et ce ne peut être,
Oh ! tu n’es pas comme les autres,
Crispées aux rideaux de leur fenêtre
Devant le soleil couchant qui dans son sang se vautre!
Oh ! tu n’as pas l’âge,
Oh, dis, tu n’auras jamais l’âge,
Oh, tu me promets de rester sage comme une image ?...
 
La nuit est à jamais noire,
Le vent est grandement triste,
Tout dit la vieille histoire
Qu’il faut être deux au coin du feu,
Tout bâcle un hymne fataliste,
Mais toi, il ne faut pas que tu t’abandonnes,
À ces vilains jeux !...
 
À ces grandes pitiés du mois de novembre !
Reste dans ta petite chambre,
Passe, à jamais glacée,
Tes beaux yeux irréconciliablement baissés.
 
Oh, qu’elle est là-bas, que la nuit est noire !
Que la vie est une étourdissante foire !
Que toutes sont créature, et que tout est routine !
Oh, que nous mourrons !
 
Eh bien, pour aimer ce qu’il y a d’histoires
Derrière ces beaux yeux d’orpheline héroïne,
Ô Nature, donne-moi la force et le courage
De me croire en âge,
Ô Nature, relève-moi le front !
Puisque, tôt ou tard, nous mourrons....
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Lа Villе dе Μirmоnt : «Ιl а plu tоut un јоur dе grisаillе еt dе brumе...»

Flаminiо dе Βirаguе

Μilоsz : Vоуаgе

Μilоsz : Vоуаgе

Jаrrу : Sаint-Βriеuс dеs Сhоuх

Jаmmеs : FΙΝΑLΕ DU СΑΝΤΙQUΕ DΕ LΟURDΕS

Αpоllinаirе : À lа Sаnté

☆ ☆ ☆ ☆

Μоréаs : «Été, tоus lеs plаisirs...»

Hеrеdiа : Flеurs dе Fеu

Сrоs : Dаns lа сlаirièrе

Lа Villе dе Μirmоnt : Lа Sоif dе vivrе

Riсtus : Sоnnеt : «Jе sаis un ruissеаu dоnt lе flоt сhаntоnnе...»

Lесоntе dе Lislе : L’Αurоrе

Соppéе : Lе Саbаrеt

Νеlligаn : Τristеssе blаnсhе

Fоurеst : Rеnоnсеmеnt

Riсtus : Sоnnеt : «Jе sаis un ruissеаu dоnt lе flоt сhаntоnnе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсiuq sur Ρâlе sоlеil d’hivеr (Lаfоrguе)

De piсh24 sur Μуrthо (Νеrvаl)

De Сосhоnfuсius sur Ρhаntаsmа (Сrоs)

De Сосhоnfuсius sur «Сеs сhеvеuх, сеs liеns, dоnt mоn сœur tu еnlасеs...» (Rоnsаrd)

De Сосhоnfuсius sur Ρаsiphаé (Βаnvillе)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur «Unе flеur pаssаgèrе, unе vаinе pеinturе...» (Gоmbаud)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Αutоmnе (Αpоllinаirе)

De piсh24 sur Sеnsаtiоn (Rimbаud)

De piсh24 sur Lе Gоût dеs lаrmеs (Rоllinаt)

De Gоrdеаuх sur Ρsеudо-sоnnеt quе lеs аmаtеurs dе plаisаntеriе fасilе (Fоurеst)

De Сhristiаn sur «Quiсоnquе, mоn Βаillеul, fаit lоnguеmеnt séјоur...» (Du Βеllау)

De ΟUSSΕΝΙ sur «Étrаngеr, је sеns bоn...» (Τоulеt)

De Сurаrе- sur Lе Сhênе еt lе Rоsеаu (Lа Fоntаinе)

De Μаrсеlinе Dеsbоrdеs sur «Sаns sоupirеr vivrе iсi је n’аi pu...» (Rоnsаrd)

De Сhristiаn sur «L’аutоmnе suit l’été еt lа bеllе vеrdurе...» (Grévin)

De Сurаrе- sur Rеmоntrаnсе à un Ρоètе buvеur d’еаu (Соllеtеt)

De Μаrсеlinе Dеsbоrdеs- sur «Lе pеintrе qui vоudrаit аnimеr un tаblеаu...» (Αubigné)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Lе Ρêсhеur d’éсrеvissеs (Rоllinаt)

De Сhristiаn sur L’Εссlésiаstе (Lесоntе dе Lislе)

De Frеdеriс Ρrоkоsсh sur Lа Ρuсеllе (Vеrlаinе)

De јаn соsinkа sur Léо Lаrguiеr

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе