Jules Laforgue

Des Fleurs de bonne volonté, 1887


Petites misères de juillet


 
                        (Le Serpent de l’Amour
                        Monte, vers Dieu, des linges.
                        Allons, rouges méninges,
                                Faire un tour.)
 
Écoutez, mes enfants ! — « Ah ! mourir, mais me tordre
Dans l’orbe d’un exécutant de premier ordre ! »
Rêve la Terre, sous la vessie de saindoux
De la Lune laissant fuir un air par trop doux,
Vers les Zéniths de brasiers de la Voie Lactée
(Autrement beaux ce soir que des Lois constatées)....
Juillet a dégainé ! Touristes des beaux yeux,
Quels jubés de bonheur échafaudent ces cieux,
Semis de pollens d’étoiles, manne divine
Qu’éparpille le Bon Pasteur à ses gallines !....
Et puis, le vent s’est tant surmené l’autre nuit !
Et demain est si loin ! et ça souffre aujourd’hui !
Ah ! pourrir !... — Vois, la Lune-même (cette amie)
Salive et larmoie en purulente ophtalmie.....
 
Et voici que des bleus sous-bois ont miaulés
Les mille nymphes ! et (qu’est-ce que vous voulez)
Aussitôt mille touristes des yeux las rôdent,
Tremblants, mais le cœur harnaché d’âpres méthodes !
Et l’on va. Et les uns connaissent des sentiers
Qu’embaument de trois mois les fleurs d’abricotiers ;
Et les autres, des parcs où la petite flûte
De l’oiseau bleu promet de si frêles rechutes
(Oh ! ces lunaires oiseaux bleus dont la chanson
Lunaire, après dégel, vous donne le frisson !)
Et d’autres, les terrasses pâles où le triste
Cor des paons réveillés fait que Plus Rien n’existe !
Et d’autres, les joncs des mares où le sanglot
Des rainettes vous tire maint sens mal éclos ;
Et d’autres, les prés brûlés où l’on rampe ; et d’autres,
La Boue où, semble-t-il, Tout ! avec nous se vautre !....
 
Les capitales échauffantes, même au frais
Des Grands Hôtels tendus de pâles cuirs gaufrés,
Faussent. — Ah ! mais ailleurs, aux grandes routes,
Au coin d’un bois mal famé, rien n’est aux écoutes....
Et celles dont le cœur gante six et demi,
Et celles dont l’âme est gris-perle, en bons amis,
Et d’un port panaché d’édénique opulence,
Vous brûlent leurs vaisseaux mondains vers des Enfances !.....
 
« Oh ! t’enchanter un peu la muqueuse du cœur ! »
« Ah ! Vas-y, je n’ai plus rien à perdre à cett’ heur’,
La Terre est en plein air et ma vie est gâchée,
Ne songe qu’à la Nuit, je ne suis point fâchée. »
Et la vie et la Nuit font patte de velours....
Se dépècent d’abord de grands quartiers d’amour....
Et lors, les chars de foin, pleins de bluets, dévalent
Par les vallons des moissons équinoxiales.....
Ô lointains balafrés de bleuâtres éclairs
De chaleur ! puis ils regrimperont, tous leurs nerfs
Tressés, vers l’hostie de la Lune syrupeuse....
— Hélas ! tout ça, c’est des histoires de muqueuses.....
— Détraqué, dites-vous ? Ah ! par rapport à Quoi ?
— D’accord ; mais le Spleen vient, qui dit que l’on déchoit
Hors des fidélités noblement circonscrites.
— Mais le Divin chez nous confond si bien les rites !
— Soit ; mais le Spleen dit vrai : ô surplis des Pudeurs,
C’est bien dans vos plis blancs tels quels qu’est le Bonheur !
— Mais, au nom de Tout ! on ne peut pas ! La Nature
Nous rue à dénouer dès Janvier leur ceinture !
— Bon ! si le Spleen t’en dit, saccage universel !
Nos êtres vont par sexe, et sont trop usuels,
Saccagez ! — Ah ! saignons, tandis qu’elles déballent
Leurs serres de Beauté pétale par pétale !
Les vignes de nos nerfs bourdonnent d’alcools noirs,
Ô Sœurs, ensanglantons la Terre, ce pressoir
Sans Planteur de Justice ! — Ah ? tu m’aimes, je t’aime !
Que la Mort ne nous ait qu’ivres-morts de nous-mêmes !
 
                        (Le Serpent de l’Amour
                        Cuve Dieu dans les linges ;
                        Ah ! du moins nos méninges
                                Sont à court.)
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Fоrt : Соnvоi dе Ρаul Vеrlаinе аprès un tоurbillоn dе nеigе

Vаuсаirе : Соnsеils à mа pеtitе аmiе

Sаmаin : Unе

Vаlérу : Lе Суgnе

Dubus : Μаdrigаl

Vаlérу : Lе Суgnе

Lоuÿs : Sеin dе brаnléе

Βаudеlаirе : Sеd nоn sаtiаtа

Сrоs : Lа Сhаnsоn dеs Hуdrоpаthеs

Βrinn’Gаubаst : Μаtin d’ivrеssе

☆ ☆ ☆ ☆

Vаlérу : Lе Βеаu Dimаnсhе

Βruаnt : Fаntаisiе tristе

Αutrаn : Lе Ρrintеmps du сritiquе

Vаlmоrе : Αdiеu à l’еnfаnсе

Rоnsаrd : «Yеuх, qui vеrsеz еn l’âmе, аinsi quе dеuх Ρlаnètеs...»

Vеrhаеrеn : «Lе sоir tоmbе, lа lunе еst d’оr...»

Vаuсаirе : Répétitiоn

Βrinn’Gаubаst : Dеvаnt lа Μоrt

Βrinn’Gаubаst : Εstо vir

Rоdеnbасh : «Lа flоttе dеs hеurеuх суgnеs аppаrеillаit...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Βеllе qui d’un rеgаrd...» (Βеаuјеu)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De Сосhоnfuсius sur Lе Lаbоurеur (Hеrеdiа)

De Vinсеnt sur «Αmоur, је prеnds соngé dе tа mеntеusе éсоlе...» (Rоnsаrd)

De Сосhоnfuсius sur L’Αnсоliе (Sоulаrу)

De ΒiΒ lа bаlеinе sur «Quаnd је tе vis еntrе un milliеr dе Dаmеs...» (Βаïf)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

De Сrаpаudinе sur Splееn : «Μеs intimеs dоulеurs...» (Ο'Νеddу)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur Sоnnеt fоutаtif (Lе Ρеtit)

De Vinсеnt sur Désir d’оisеаu (Βrinn'Gаubаst)

De Сurаrе- sur Βrеtаgnе еst univеrs (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Сurаrе- sur «Αimе, si tu lе vеuх, је nе l’еmpêсhе pаs...» (Viоn Dаlibrау)

De Sаudаdе sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur À Сhаrlеs dе Sivrу (Vеrlаinе)

De riс(h)аrd sur Lеs Соnquérаnts (Hеrеdiа)

De Сhristiаn sur Un début (Αutrаn)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Τоtо28 sur Βibliоthèquеs (Αutrаn)

De Τоtо28 sur Sоnnеt : «Sе vоir lе plus pоssiblе еt s’аimеr sеulеmеnt...» (Μussеt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе