Lamartine



 
Enfant, j’ai quelquefois passé des jours entiers
Au jardin, dans les prés, dans quelques verts sentiers
Creusés sur les coteaux par les bœufs du village,
Tout voilés d’aubépine et de mûre sauvage ;
Mon chien auprès de moi, mon livre dans la main,
M’arrêtant sans fatigue et marchant sans chemin,
Tantôt lisant ; tantôt écorçant quelque tige,
Suivant d’un œil distrait l’insecte qui voltige,
L’eau qui coule au soleil en petits diamants,
Ou l’oreille clouée à des bourdonnements,
Puis, choisissant un gîte à l’abri d’une haie,
Comme un lièvre tapi qu’un aboiement effraie,
Ou couché dans le pré dont les gramens en fleurs
Me noyaient dans un lit de mystère et d’odeurs
Et recourbaient sur moi des rideaux d’ombre obscure,
Je reprenais de l’œil et du cœur ma lecture ;
C’était quelque poète au sympathique accent
Qui révèle à l’esprit ce que le cœur pressent,
Hommes prédestinés, mystérieuses vies,
Dont tous les sentiments coulent en mélodies !
Que l’on aime à porter avec soi dans les bois,
Comme on aime un écho qui répond à nos voix !
Ou bien c’était encor quelque touchante histoire
D’amour et de malheur, triste et bien dure à croire ;
Virginie arrachée à son frère, et partant,
Et la mer la jetant morte au cœur qui l’attend !
Je la mouillais de pleurs et je marquais le livre,
Et je fermais les yeux et je m’écoutais vivre ;
Je sentais dans mon sein monter comme une mer
De sentiment doux, fort, triste, amoureux, amer,
D’images de la vie et de vagues pensées
Dans les flots de mon âme indolemment bercées,
Doux fantômes d’espoir dont j’étais créateur,
Drames mystérieux et dont j’étais l’acteur ;
Puis, comme des brouillards après une tempête,
Tous ces drames conçus et joués dans ma tête
Se brouillaient, se croisaient, l’un l’autre s’effaçaient,
Mes pensers soulevés comme un flot s’affaissaient,
Les gouttes se séchaient au bord de ma paupière,
Mon âme transparente absorbait la lumière,
Et sereine et brillante avec l’heure et le lieu,
D’un élan naturel se soulevait à Dieu.
Tout finissait en lui comme tout y commence,
Et mon cœur apaisé s’y perdait en silence ;
Et je passais ainsi, sans m’en apercevoir,
Tout un long jour d’été, de l’aube jusqu’au soir,
Sans que la moindre chose intime, extérieure,
M’en indiquât la fuite, et sans connaître l’heure
Qu’au soleil qui changeait de pente dans les cieux,
Au soir plus pâlissant sur mon livre ou mes yeux,
Au serein qui de l’herbe humectait les calices ;
Car un long jour n’était qu’une heure de délices !
 
[...]

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Lаutréаmоnt : «Οn nе mе vеrrа pаs, à mоn hеurе dеrnièrе...»

Τоulеt : «Gérоntе d’unе аutrе Ιsаbеllе...»

Vоiturе : «Μа fоi, с’еst fаit...»

Τоulеt : Сhеvаuх dе bоis.

Τоulеt : «Се n’еst pаs drôlе dе mоurir...»

Μénаrd : Βlаnсhе

Hugо : «Jеunеs gеns, prеnеz gаrdе аuх сhоsеs quе vоus ditеs...»

Μаrtinеt : Τu vаs tе bаttrе...

Jаmmеs : Ιl vа nеigеr

Τristаn L’Hеrmitе : Ρоlуphèmе еn furiе

☆ ☆ ☆ ☆

Rоnsаrd : «Αfin qu’à tоut јаmаis dе sièсlе еn sièсlе vivе...»

Lаfоrguе : L’Îlе

Frаnс-Νоhаin : Ρауsаgе dе nеigе

Frаnс-Νоhаin : Βеrсеusе оbsсènе

Βruаnt : Сrânеusе

Fоurеst : Αndrоmаquе

Αpоllinаirе : Lа Νuit d’аvril 1915

Lоuÿs : Αmbitiоn

Μénаrd : Τhébаïdе

Соppéе : Sоnnеt dit pаr l’аutеur аu 3е bаnquеt dе Lа Ρlumе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt métаphуsiquе (Сrоs)

De Сосhоnfuсius sur «Αfin qu’à tоut јаmаis dе sièсlе еn sièсlе vivе...» (Rоnsаrd)

De Сurаrе- sur Désеspérémеnt (Соppéе)

De Εsprit dе сеllе sur Sœur équivоquе (Sеgаlеn)

De Сосhоnfuсius sur «Dès quе се Diеu...» (Jоdеllе)

De Сhristiаn sur L’ânе étаit pеtit (Jаmmеs)

De Сhristiаn sur Rimbаud

De Gаrdiеn dеs оiеs sur Μоn tеstаmеnt (Ρirоn)

De Εsprit dе сеllе sur Μаriа Gаrсiа (Βаnvillе)

De Сurаrе- sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De mаuguеg sur «Ιl plеut sur lа mеr, lеntеmеnt...» (Hаrаuсоurt)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur «Соmbiеn quе tоn Μаgnу аit lа plumе si bоnnе...» (Du Βеllау)

De Vinсеnt sur Féеriе (Vаlérу)

De Сurаrе- sur «Jе vоus еnvоiе un bоuquеt...» (Rоnsаrd)

De Vinсеnt sur «Dе vоtrе Diаnеt (dе vоtrе nоm ј’аppеllе...» (Du Βеllау)

De Vinсеnt sur «Βеl аlbâtrе vivаnt qu’un fin сrêpе nоus сасhе...» (Lа Rоquе)

De Hоrаtius Flассus sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ιо Kаnааn sur «Ô qu’hеurеuх еst сеlui qui pеut pаssеr sоn âgе...» (Du Βеllау)

De lасоtе sur D’un bоuquеt d’œillеts gris еt rоugеs (Sаint-Gеlаis)

De Gаrdеur dе саnаrds sur Βаllаdе dеs Εnfаnts sаns sоuсi (Glаtignу)

De Τhundеrbird sur «Ρrélаt, à qui lеs сiеuх се bоnhеur оnt dоnné...» (Du Βеllау)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе