Lamartine

Méditations poétiques, 1820


Souvenir


 
En vain le jour succède au jour,
Ils glissent sans laisser de trace ;
Dans mon âme rien ne t’efface,
Ô dernier songe de l’amour !
 
Je vois mes rapides années
S’accumuler derrière moi,
Comme le chêne autour de soi
Voit tomber ses feuilles fanées.
 
Mon front est blanchi par le temps ;
Mon sang refroidi coule à peine,
Semblable à cette onde qu’enchaîne
Le souffle glacé des autans.
 
Mais ta jeune et brillante image,
Que le regret vient embellir,
Dans mon sein ne saurait vieillir :
Comme l’âme, elle n’a point d’âge.
 
Non, tu n’as pas quitté mes yeux ;
Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre,
Soudain je te vis dans les cieux.
 
Là, tu m’apparais telle encore
Que tu fus à ce dernier jour,
Quand vers ton céleste séjour
Tu t’envolas avec l’aurore.
 
Ta pure et touchante beauté
Dans les cieux même t’a suivie ;
Tes yeux, où s’éteignait la vie,
Rayonnent d’immortalité !
 
Du zéphyr l’amoureuse haleine
Soulève encor tes longs cheveux ;
Sur ton sein leurs flots onduleux
Retombent en tresses d’ébène.
 
L’ombre de ce voile incertain
Adoucit encor ton image,
Comme l’aube qui se dégage
Des derniers voiles du matin.
 
Du soleil la céleste flamme
Avec les jours revient et fuit ;
Mais mon amour n’a pas de nuit,
Et tu luis toujours sur mon âme.
 
C’est toi que j’entends, que je vois,
Dans le désert, dans le nuage ;
L’onde réfléchit ton image ;
Le zéphyr m’apporte ta voix.
 
Tandis que la terre sommeille,
Si j’entends le vent soupirer,
Je crois t’entendre murmurer
Des mots sacrés à mon oreille.
 
Si j’admire ces feux épars
Qui des nuits parsèment le voile,
Je crois te voir dans chaque étoile
Qui plaît le plus à mes regards.
 
Et si le souffle du zéphyr
M’enivre du parfum des fleurs,
Dans ses plus suaves odeurs
C’est ton souffle que je respire.
 
C’est ta main qui sèche mes pleurs,
Quand je vais, triste et solitaire,
Répandre en secret ma prière
Près des autels consolateurs.
 
Quand je dors, tu veilles dans l’ombre ;
Tes ailes reposent sur moi ;
Tous mes songes viennent de toi,
Doux comme le regard d’une ombre.
 
Pendant mon sommeil, si ta main
De mes jours déliait la trame,
Céleste moitié de mon âme,
J’irais m’éveiller dans ton sein !
 
Comme deux rayons de l’aurore,
Comme deux soupirs confondus,
Nos deux âmes ne forment plus
Qu’une âme, et je soupire encore !
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Fоrt : Соnvоi dе Ρаul Vеrlаinе аprès un tоurbillоn dе nеigе

Vаuсаirе : Соnsеils à mа pеtitе аmiе

Sаmаin : Unе

Vаlérу : Lе Суgnе

Dubus : Μаdrigаl

Vаlérу : Lе Суgnе

Lоuÿs : Sеin dе brаnléе

Βаudеlаirе : Sеd nоn sаtiаtа

Сrоs : Lа Сhаnsоn dеs Hуdrоpаthеs

Βrinn’Gаubаst : Μаtin d’ivrеssе

☆ ☆ ☆ ☆

Vаlérу : Lе Βеаu Dimаnсhе

Βruаnt : Fаntаisiе tristе

Αutrаn : Lе Ρrintеmps du сritiquе

Vаlmоrе : Αdiеu à l’еnfаnсе

Rоnsаrd : «Yеuх, qui vеrsеz еn l’âmе, аinsi quе dеuх Ρlаnètеs...»

Vеrhаеrеn : «Lе sоir tоmbе, lа lunе еst d’оr...»

Vаuсаirе : Répétitiоn

Βrinn’Gаubаst : Dеvаnt lа Μоrt

Βrinn’Gаubаst : Εstо vir

Rоdеnbасh : «Lа flоttе dеs hеurеuх суgnеs аppаrеillаit...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Βеllе qui d’un rеgаrd...» (Βеаuјеu)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De Сосhоnfuсius sur Lе Lаbоurеur (Hеrеdiа)

De Vinсеnt sur «Αmоur, је prеnds соngé dе tа mеntеusе éсоlе...» (Rоnsаrd)

De Сосhоnfuсius sur L’Αnсоliе (Sоulаrу)

De ΒiΒ lа bаlеinе sur «Quаnd је tе vis еntrе un milliеr dе Dаmеs...» (Βаïf)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

De Сrаpаudinе sur Splееn : «Μеs intimеs dоulеurs...» (Ο'Νеddу)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur Sоnnеt fоutаtif (Lе Ρеtit)

De Vinсеnt sur Désir d’оisеаu (Βrinn'Gаubаst)

De Сurаrе- sur Βrеtаgnе еst univеrs (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Сurаrе- sur «Αimе, si tu lе vеuх, је nе l’еmpêсhе pаs...» (Viоn Dаlibrау)

De Sаudаdе sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur À Сhаrlеs dе Sivrу (Vеrlаinе)

De riс(h)аrd sur Lеs Соnquérаnts (Hеrеdiа)

De Сhristiаn sur Un début (Αutrаn)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Τоtо28 sur Βibliоthèquеs (Αutrаn)

De Τоtо28 sur Sоnnеt : «Sе vоir lе plus pоssiblе еt s’аimеr sеulеmеnt...» (Μussеt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе