Lautréamont(1846-1870) D’autrеs pоèmеs :Lеs gémissеmеnts pоétiquеs dе се sièсlе... Ιl у еn а qui éсrivеnt pоur rесhеrсhеr lеs аpplаudissеmеnts humаins... J’étаblirаi dаns quеlquеs lignеs соmmеnt Μаldоrоr... Lесtеur, с’еst pеut-êtrе lа hаinе quе tu vеuх quе ј’invоquе... Lеs mаgаsins dе lа ruе Viviеnnе... Αvаnt d’еntrеr еn mаtièrе, је trоuvе stupidе... Vоus, dоnt lе саlmе еnviаblе... оu еncоrе :Vоiсi lа fоllе qui pаssе еn dаnsаnt... Ιl n’еst pаs impоssiblе d’êtrе témоin d’unе déviаtiоn аnоrmаlе... Jе sаisis lа plumе qui vа соnstruirе lе dеuхièmе сhаnt... С’еst un hоmmе оu unе piеrrе оu un аrbrе... Οù еst-il pаssé се prеmiеr сhаnt dе Μаldоrоr... Silеnсе ! il pаssе un соrtègе funérаirе à сôté dе vоus...
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LautréamontLes Chants de Maldoror, 1869
Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce
comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et
sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines
de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique
rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les
émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme, comme l’eau le
sucre. Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont
suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par
conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles
landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant. Écoute
bien ce que je te dis : dirige tes talons en arrière et non en avant,
comme les yeux d’un fils qui se détourne respectueusement de la
contemplation auguste de la face maternelle ; ou, plutôt, comme un angle
à perte de vue de grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant
l’hiver, vole puissamment à travers le silence, toutes voiles tendues,
vers un point déterminé de l’horizon, d’où tout à coup part un vent
étrange et fort, précurseur de la tempête. La grue la plus vieille et
qui forme à elle seule l’avant-garde, voyant cela, branle la tête comme
une personne raisonnable, conséquemment son bec aussi qu’elle fait
claquer, et n’est pas contente (moi, non plus, je ne le serais pas à
sa place), tandis que son vieux cou, dégarni de plumes et contemporain
de trois générations de grues, se remue en ondulations irritées qui
présagent l’orage qui s’approche de plus en plus. Après avoir de
sang-froid regardé plusieurs fois de tous les côtés avec des yeux qui
renferment l’expérience, prudemment, la première (car, c’est elle qui
a le privilège de montrer les plumes de sa queue aux autres grues
inférieures en intelligence), avec son cri vigilant de mélancolique
sentinelle, pour repousser l’ennemi commun, elle vire avec flexibilité
la pointe de la figure géométrique (c’est peut-être un triangle, mais
on ne voit pas le troisième côté que forment dans l’espace ces curieux
oiseaux de passage), soit à bâbord, soit à tribord, comme un habile
capitaine ; et, manœuvrant avec des ailes qui ne paraissent pas plus
grandes que celles d’un moineau, parce qu’elle n’est pas bête, elle
prend ainsi un autre chemin philosophique et plus sûr.
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