Pierre Le Moine

Les Poésies, 1650


L’Île du Plaisir


 
Sous un climat étrange, où sept fois tous les jours
La mer change d’assiette, et la vague de cours,
Il se voit sur les eaux une île vagabonde
Qui flotte sans arrêt au mouvement de l’onde,
Comme un navire errant que le phare et le nord
Auraient abandonné, loin de rade et de port,
Sur ses bords jour et nuit des troupes de sirènes.
Flatteuses de la voix et du cœur inhumaines,
Font de leurs doux attraits des pièges aux passants,
Plus cruels à l’esprit qu’agréables aux sens,
Corrompent la raison par la vue éblouie,
Empoisonnent le cœur du plaisir de l’ouïe,
Et par un rare effet de leurs malins accords
Mettent de la discorde entre l’âme et le corps.
Un printemps éternel, qui sa rive environne,
De myrte et de palmiers lui fait une couronne.
Là des essaims d’Amours sur des branches perchés
À des jeux innocents paraissent empêchés.
De nœuds et de festons les uns par couple lient
Les palmes qui sous eux de respect s’humilient,
Et par les doux transports de leurs âmes de bois
Soupirent sans esprit, et se parlent sans voix.
D’autres jettent des fleurs d’épines désarmées
Et d’un ambre incarnat teintes et parfumées,
Qui semblent faire en l’air de leur pure couleur
Un nuage innocent de flammes sans chaleur.
Mais de ces vains jouets la montre peu fidèle
De loin est agréable, et de près est cruelle,
Et les infortunés qui suivent ces appas
Sous un plaisir trompeur trouvent un vrai trépas.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 juin 2016 à 17h34

Précepteur du goupil
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Je t’emmène à l’école, une ou deux fois par jour,
Le maître me dira si tu suis bien les cours,
Ou si, de temps en temps, ton esprit vagabonde
Ainsi qu’un carpillon se divertit dans l’onde.

Car tu es un goupil, non un enfant de porc,
Un goupil qui jamais ne doit perdre le nord ;
Tu ne deviendras pas un pêcheur de sirènes,
Peut-être, encore moins, le bouffon d’une reine.

Le goupil ne dit rien, admirant la couleur
Du firmament bien lourd des premières chaleurs,
Et rêvant qu’il se change en errante licorne
Qui traverse les airs, arborant un bicorne.

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