Claude Le Petit


Aux précieuses


 
Courtisanes d’honneur, putains spirituelles,
De qui tous les péchés sont des péchés d’esprit,
Qui n’avez du plaisir qu’en couchant par écrit,
Et qui n’aimez les lits qu’à causes des ruelles ;
 
Vous chez qui la nature a des fleurs éternelles,
Précieuses du temps, mes chères sœurs en Christ,
Puisque l’occasion si justement vous rit,
Venez dans ce bordel vous divertir, mes belles.
 
Si l’esprit a son vit aussi bien que le corps,
Votre âme y sentira des traits et des transports
À faire décharger la femme la plus froide ;
 
Et si le corps enfin est par l’amour fléchi,
Ce livre en long roulé, bien égal et bien roide,
          Vaudra bien un godemichi.
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 7 décembre 2016 à 17h38

Clown du canal
-------------------

Il a des réparties plutôt spirituelles,
Son maître lui apprit, jadis, des mots d’esprit ;
Il ne désire pas les mettre par écrit,
Ni les offrir, en ville, aux passants des ruelles.

Il préfère les eaux, dans leur course éternelle,
Et la berge au héron pouvant servir d’abri ;
Cet échassier, pourtant, presque jamais ne rit,
Le clown redit sa blague et la  trouve assez belle.

Le rire est bon pour l’âme, ainsi que pour le corps ;
Du plaisir amoureux imitant les transports,
Il peut ensoleiller une journée bien froide ;

Le plaisantin persiste, et jamais ne fléchit,
La surface des eaux, semble-t-il, réfléchit
Le douteux contenu des vannes les plus roides.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 23 mars 2019 à 12h37

Helga la Mince à Paris
------------------

Helga fut à Paris, fine et spirituelle,
Ma muse de jadis et ma soeur en esprit ;
Cette âme qui dansait ne laisse aucun écrit
Ni d’enregistrement de sa voix sensuelle.

Les jours après les jours, dans leur course éternelle,
À notre nostalgie ne laissent pas d’abri ;
Et le soir assombri suit le matin qui rit.
Helga dans ma mémoire est toujours aussi belle.

Le temps dévore l’âme, ainsi fait-il du corps ;
Il met fin à la vie, il met fin aux transports,
Ce temps qui nous conduit vers une tombe froide ;

Mais l’amour en nos coeurs, qui jamais ne fléchit,
Par les yeux d’une amante est parfois réfléchi,
Et qu’importe qu’alors la chair devienne roide.

[Lien vers ce commentaire]

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