Henry J.-M. Levey


Japon — Nagasaki


 

                           
À Auguste Brunet


La ville a clos ses prunelles multicolores
Et tû ses baladins, ses gongs et ses tams-tams ;
Sur l’eau calme le capitaine du port
Promène dans un sampan dont il tient les rames...
 
Depuis la dernière épidémie de choléra
Où sa fille lui fut brusquement enlevée,
— Il y a aujourd’hui juste un an de cela –
Le capitaine Kio-tsu a beaucoup changé.
 
Après l’évènement – lui si mondain naguère ! –
Il a rompu avec toutes ses relations,
Et vit dans son cottage triste et solitaire :
(Même on a craint, pendant un temps, pour sa raison...)
 
Son désespoir semble l’étreindre comme une cangue
Car il baisse en ramant sa tête anémiée ;
Il circule parmi les navires à l’ancre,
Les cargo-boats, les steamers, les charbonniers...
 
Comme le calme de cette belle nuit lui pèse !
Ah ! mais voilà soudain que le père meurtri
L’entend se déchirer, cette nuit japonaise,
Où comme en son manteau dormait Nagasaki...
 
Une hallucination de cet esprit malade
Lui fait ouïr les voix sinistres des sirènes
De tous les bateaux qui dorment là, dans la rade,
Pour lamenter de concert sur la mort de son Yu-len !
 
Oui, elles lamentent pour la jeune Trépassée
Comme les pleureuses des enterrements anciens :
Leurs hurlements de Walkyries affolées,
Le chœur de leurs clameurs stridentes et crispées,
Les sifflements lugubres des sombres traversées,
— Ah quel anniversaire pour une fille de marin !
 
— Voilà ce qu’entend dans sa folle douleur sans remède
Le capitaine du port de Nagasaki ;
Quand rien ne trouble cette nuit lunaire et tiède
Que la mélopée lente d’un Thériaki...
 

Cartes postales, 1900

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 janvier 2017 à 14h20

Nef des saucisses
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La brise est favorable, éloignons-nous du port !
Sitôt que nous verrons un piroguier qui rame,
Nous commémorerons notre ancêtre le porc,
Son style poétique et ses cent kilogrammes.

Notre vaillante nef n’est pas en chocolat,
Des charpentiers bretons finement l’assemblèrent.
Dès les premiers instants, sur l’onde elle vola ;
Les beaux oiseaux marins jamais ne s’en troublèrent.

Ce bateau doit porter la gloire des saucisses
Vers des cieux inconnus, de lointains contreforts ;
Et que nul coup du sort jamais ne t’obscurcisse,
Splendeur immaculée des filles de Francfort.

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