Jean Lorrain

Les Griseries, 1887


Fête galante


 

Pour M. Edmond de Goncourt


 

I


 
Ah ! si fines de taille, et si souples, si lentes,
Dans leur étroit peignoir enrubanné de feu,
Les yeux couleur de lune et surtout l’air si peu
Convaincu du réel de ces fêtes galantes !
 
Ah ! le charmant sourire ailleurs, inattentif
De ces belles d’antan, lasses d’être adorées
Et graves, promenant, exquises et parées,
L’ennui d’un cœur malade au fond seul et plaintif.
 
Qu’importe à Sylvanire et les étoffes rares
Et les sonnets d’Orante et les airs de guitares,
Qu’éveille au fond des parcs l’indolent Mezzetin ?
 
Auprès de Cydalise à la rampe accoudée,
Sylvanire poudrée, en grand habit, fardée
Sait trop qu’Amour, hélas ! est un songe lointain.
 
 
 

Chanson


 
 

II


 
 
L’Amour ? Un oiseau bleu. La vie ? Un oiseau triste,
... Le plaisir de passer et d’être une égoïste,
Effeuiller lentement un rêve entre ses doigts...
 
Si quelque papillon, vivant joyau, voltige,
L’écraser : c’est charmant.., une fleur sur sa tige
Étincelle, on la brise, un ramier dans les bois
 
Roucoule, on le persifle ; et cela sans envie,
Pour une vanité de coquette assouvie,
Car il est de bon goût, le soir, quand les hautbois
 
Et les flûtes d’amour enchantent le silence,
De s’accouder hautaine et belle d’indolence
Avec des yeux méchants, qui raillent Autrefois.
 
 
 

III


 
Là-bas, où l’ancien parc envahi de grands arbres
S’ensauvage, hanté la nuit de pas divins
De Dyrades ; là-bas, où deux rangs de Sylvains
Veillent, blancs prisonniers de leurs gaines de marbre,
 
Sylvandre, en effleurant du bout de ses doigts fins
Sa viole, soupire et sa voix affaiblie,
Lointaine, s’harmonise à la mélancolie
Des cascades tombant des vasques à dauphins.
 
Dans l’ombre au pied des ifs en cercle réunie,
Des beaux diseurs de riens la folle compagnie,
Pensive, a mal au cœur d’un nostalgique ennui.
 
Car là-bas sous la lune errante, qui se lève,
Une autre voix soupire et répond dans un rêve,
Douce comme un regret d’amour évanoui !
 
 
 

Chanson


 
 

IV


 
L’Amour ? Un oiseau bleu. La Vie ? Un oiseau triste...
Avoir été la fleur qu’un passant égoïste
Arrache, et par caprice effeuille entre ses doigts...
 
Avoir été l’œillet qui flambe sur sa tige,
Le papillon ailé qui palpite et voltige,
Le ramier roucouleur qui pleure au fond des bois,
 
Et puis, la volupté du baiser assouvie,
Se réveiller brisée... Amour, est-ce la Vie ?
Et ne vaut-il pas mieux, à l’heure où les hautbois
 
Et les flûtes d’ébène enchantent le silence,
S’accouder incrédule et belle d’indolence
Avec des yeux savants, qui raillent Autrefois !
 
 
 

V


 
Et chacune et chacun, charmés de les entendre,
Sous le bleu clair de lune inondant la forêt,
Sentait poindre en leur cœur un vague et sourd regret,
Voyant qu’amours, serments, tout ici-bas est cendre...
 
Au tournant d’un sentier, calme et le pas distrait,
Sylvanire apparut et regardant Sylvandre
« N’éveille pas les morts... à quoi bon redescendre
« Les degrés parcourus ! ami, soyons discret.
 
« Une tombe sans nom est la plus éloquente,
« Si mon cœur a sommeil, respecte son repos,
« Une longue douleur cesse d’être élégante. »
 
Et très fine de taille et très souple et très lente
En son léger peignoir à grands plis dans le dos
Elle dit, un peu triste :
 
                                                    « Adieu, fête galante ! »
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 15 octobre 2013 à 10h37

(I bis)


C’est un éléphant jaune, il voudrait que j’achète
Les trois mille bouquins qu’il a dans son bureau.
Je lui ai répondu que je n’y tiens pas trop,
Ce ne sont que sonnets par de maudits poètes.

Alors l’éléphant mauve organise une fête.
Je lui dis qu’il me faut avant tout du repos,
Afin d’être, demain, suffisamment dispos
Pour que l’oeuvre du jour soit correctement faite.

L’éléphant orange offre une métaphysique,
Le bel éléphant rose, un breuvage alcoolique,
Je les ai donc laissés se débrouiller entre eux.

Enfin, l’éléphant rouge enseigne le silence.
C’est donc en sa faveur que penche la balance,
Avec lui, sans parler, je suis un homme heureux.

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