Jean Lorrain

L’Ombre ardente, 1897


Le Jeune Homme et la Mort


 
Le long des marbres noirs et des sombres portiques,
Bordant du pâle Hadès les quais silencieux,
L’éphèbe éblouissant et l’espoir dans les yeux
Descend d’un pas léger les trois degrés mystiques.
 
Fort de la calme foi des calmes temps antiques,
Il sait que chez les morts, séjours mystérieux,
Le héros chaste et nu trouve sous d’autres cieux
Les palmes de la stade et les disques rustiques.
 
Aussi la mort pour lui fut douce et passagère ;
Et tandis qu’il descend, comme une ombre légère
La déesse fatale au front pur et voilé
 
Voltige en l’effleurant du souffle de sa robe
Et, blanche, lui sourit sous son voile enroulé,
Dont un pli virginal et tremblant la dérobe.
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 2 janvier 2018 à 12h00

Ce château-là flotte
-----------------

Il vogue avec ses tours et ses vastes portiques,
Ayant quitté du port les quais silencieux ;
Les marins à son bord ont l’espoir dans les yeux
Car on leur donnera du bon pinard mystique.

Ils ont la calme foi de leurs parents antiques,
Ils ne craignent jamais le flot mystérieux ;
Ils iront volontiers boire sous d’autres cieux
La bière de Cerbère et le mezcal rustique.

La mort sur leur vaisseau n’est jamais passagère ;
Elle danse sur l’eau, comme une ombre légère,
On dirait une ondine au front pur et voilé.

Elle n’a point de cape, elle n’a point de robe,
Elle a pour drap de lit le grand foc enroulé
Dont le rempart de toile à nos yeux la dérobe.

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