Pierre Louÿs

Astarté, 1891


Pégase


 

À José Maria de Heredia.


De ses quatre pieds purs faisant feu sur le sol,
La Bête chimérique et blanche s’écartèle,
Et son vierge poitrail qu’homme ni dieu n’attelle
S’éploie en un vivace et mystérieux vol.
 
Il monte, et la crinière éparse en auréole
Du cheval décroissant fait un astre immortel
Qui resplendit dans l’or du ciel nocturne, tel
Orion scintillant à l’air glacé d’Éole.
 
Et comme au temps où les esprits libres et beaux
Buvaient au flot sacré jailli sous les sabots
L’illusion des sidérales chevauchées,
 
Les Poètes en deuil de leurs cultes perdus
Imaginent encor sous leurs mains approchées
L’étalon blanc bondir dans les cieux défendus.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 30 décembre 2013 à 10h55

Cheval qui plane
----------------------

Pégase, toujours jeune, aime encore voler
Et plonger vers le sol près des volcans qui fument.
Le brise boréale ébouriffe ses plumes ;
Il contemple d’en haut les jardins bariolés.

Il traverse les mers tout droit, sans s’affoler ;
Il conserve son cap au milieu de la brume.
Tout au long d’une nuit son ardeur se consume ,
Puis un nouveau soleil s’en vient l’auréoler.

Pégase, emporte-nous vers la lointaine étoile
Que les gens de Bayeux ont brodée sur leur toile
En un trait aussi fin que celui d’un pinceau !

Nous danserons au ciel (ou ce seront nos ombres)
Comme, dans un jardin, d’aimables jouvenceaux ;
Plus rien dans notre coeur ne se montrera sombre.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 8 décembre 2019 à 11h57

Sagesse de Pégase
----------

Héphaïstos forgea mes fers sur son enclume,
Avec lesquels je peux marcher sur l’arc-en-ciel ;
Mais, que je sois un dieu, ce n’est pas officiel,
Et mon corps n’est pas fait de transcendante écume.

Homère au temps jadis me consacra sa plume,
J’ai figuré parmi des guerriers démentiels ;
Envers plusieurs d’entre eux, je fus providentiel,
Je montais à l’assaut, car telle est ma coutume.

Ce fut pour affronter des monstres gigantesques,
Ils poussaient de grands cris, ils me faisaient peur, presque,
Je leur parlais en face, et sans me débiner.

Au temps de sa galère, Ulysse fut mon pote,
J’ai franchi avec lui l’océan qui clapote ;
Sur un vase précieux cela fut dessiné.

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