François Malherbe


Vers funèbres sur la mort de Henri le Grand


 
« Enfin l’ire du ciel et sa fatale envie,
Dont j’avais repoussé tant d’injustes efforts,
Ont détruit ma fortune, et sans m’ôter la vie,
        M’ont mis entre les morts.
 
« Henri, ce grand Henri, que les soins de nature
Avaient fait un miracle aux yeux de l’univers,
Comme un homme vulgaire est dans la sépulture
        À la merci des vers.
 
« Belle âme, beau patron des célestes ouvrages,
Qui fus de mon espoir l’infaillible recours,
Quelle nuit fut pareille aux funestes ombrages
        Où tu laisses mes jours ?
 
« C’est bien à tout le monde une commune plaie,
Et le malheur que j’ai, chacun l’estime sien ;
Mais en quel autre cœur est la douleur si vraie
        Comme elle est dans le mien ?
 
« Ta fidèle compagne, aspirant à la gloire
Que son affliction ne se puisse imiter,
Seule de cet ennui me débat la victoire,
        Et me la fait quitter.
 
« L’image de ses pleurs, dont la source féconde
Jamais depuis ta mort ses vaisseaux n’a taris,
C’est la Seine en fureur qui déborde son onde
        Sur les quais de Paris.
 
« Nulle heure de beau temps ses orages n’essuie,
Et sa grâce divine endure en ce tourment
Ce qu’endure une fleur que la bise ou la pluie
        Bat excessivement.
 
« Quiconque approche d’elle a part à son martyre,
Et par contagion prend sa triste couleur ;
Car, pour la consoler, que lui saurait-on dire
        En si juste douleur ?
 
« Reviens la voir, grande âme : ôte-lui cette nue
Dont la sombre épaisseur aveugle sa raison !
Et fais du même lieu d’où sa peine est venue
        Venir sa guérison.
 
« Bien que tout réconfort lui soit une amertume
Avec quelque douceur qu’il lui soit presenté,
Elle prendra le tien, et, selon sa coutume,
        Suivra ta volonté.
 
« Quelque soir en sa chambre apparais devant elle,
Non le sang à la bouche et le visage blanc,
Comme tu demeuras sous l’atteinte mortelle
        Qui te perça le flanc.
 
« Viens-y tel que tu fus, quand aux monts de Savoie
Hymen en robe d’or te la vint amener ;
Ou tel qu’à Saint-Denis, entre nos cris de joie,
        Tu la fis couronner.
 
« Après cet essai fait, s’il demeure inutile.
Je ne connais plus rien qui la puisse toucher ;
Et sans doute la France aura comme Sipyle
        Quelque fameux rocher.
 
« Pour moi, dont la faiblesse à l’orage succombe,
Quand mon heur abattu pourrait se redresser,
J’ai mis avecque toi mes desseins en la tombe :
        Je les y veux laisser.
 
« Quoi que pour m’obliger fasse la destinée,
Et quelque heureux succès qui me puisse arriver,
Je n’attends mon repos qu’en l’heureuse journée
        Où je t’irai trouver. »
 
Ainsi de cette cour l’honneur et la merveille,
Alcippe soupirait, prêt à s’évanouir.
On l’aurait consolé ; mais il ferme l’oreille,
        De peur de rien ouïr.
 

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