Mallarmé

Poésies, 1899


Brise marine


 
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
 
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !
 

Commentaire(s)
Déposé par Christian le 11 mars 2015 à 21h22

Moi !....

Mais c’est vrai que de nos jours ce genre de poésie malicieuse est tout sauf de mode.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Christian le 11 mars 2015 à 07h17

Le ’Cercle des chaussettes disparues’ !!!
Il faudrait peut-être enlever le "e" à « tournée de ma nacelle »
et le publier sur papier... Non ?

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par tizef le 11 mars 2015 à 16h51

Merci Christian
En effet, je vais corriger.
Sur papier ? Qui en voudrait ???

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Déposé par tizef le 10 mars 2015 à 14h07


La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

Ivres sont les oiseaux, vous l’avez dit Stéphane,
Et d’écume et de ciels, je vous sens affamé.
Vous êtes entiché d’une muse hydrophane,
Mais pour prendre la mer, êtes-vous bien armé ?

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !

Stéphane, ce propos pour le moins immature,
Trahit superbement le chantre en pyjama.
Savez-vous, des flots gris, la subtile torture,
Lorsqu’un cruel ennui ruine votre estomac ?

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...

Ô, combien de rêveurs à bord de la Méduse
Ont maudit leur chimère en errant sur les flots ?
Stéphane, croyez-moi, raisonnez votre Muse…

Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots

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