Oscar V. de L. Milosz

Les Sept Solitudes, 1906


Le Poème des demains


 
Mon cœur, le bruit des faux qu’on aiguise est pareil
Au battement d’essor des ailes du bonheur.
Que ton chant soit la prière des moissonneurs
Perdus là-bas, dans le redoutable soleil.
 
Que ton chant soit beau de l’immortelle beauté
De toutes les douleurs et de toutes les forces.
Qu’il soit le sanglot des sèves sous les écorces,
Le rêve bleu des mers amoureuses d’été.
 
Que ton chant soit le somnambule des nuits claires,
Vagabond du sentier profond où l’on entend
Les sons de cloche de la lune sur les pierres
Et les accords des hautes tiges dans le vent.
 
Que ton chant soit l’écho de la foule sauvage.
Je l’aime avec effroi, comme on aime la mer.
Déjà l’aube promise éclaire les visages,
Un juin d’amour se mire aux boucliers de fer.
 
Que ton chant soit le bruit d’une époque qui croule.
Car les morts ont cessé d’opprimer les vivants.
L’évangile solaire illumine les foules ;
Des signes ont paru sur le front des enfants.
 
Qu’avons-nous vu, mon cœur ? Nous avons vu la guerre,
Le battement de l’oriflamme dans les vents,
L’éclat de la sueur dans un ciel de poussière,
La floraison des deuils dans le rouge printemps.
 
À gauche la tristesse, à droite le remords ;
À l’horizon le vol des grands vents de famine.
Les couronnes sans croix que l’enfer illumine
Et du sang sur le pain, et de l’or sur de l’or,
 
La luxure et le crime embusqués sous les ponts,
Triste cœur ! tout cela qui ne devrait pas être,
La maigreur des enfants qu’attirent les fenêtres
D’où l’on voit chanceler les pères vagabonds,

Les joues froides des orphelins, leurs vastes cœurs
Cherchant l’écho d’un cœur sous le crêpe des veuves,
Les cadavres trahis qui lavent dans le fleuve
La rougeur de la honte et le fard du bonheur.

Et quand il reviendra, mon cœur, tu lui diras :
« Ils auront de la boue et du repos, demain,
Dans l’hiver de la mort ; pourquoi donc n’ont-ils pas
Un coin de terre ici, pour y semer leur pain ?

Ils auront tous, demain, leur maison du silence
Où l’oubli fermera les yeux purs du remords.
Pourquoi, pour quel plaisir ou pour quelle vengeance
Refuser aux vivants ce que l’on donne aux morts ? »

Alors il tirera des gouffres du sommeil
Les riches tout bruissants de larves desséchées ;
Dans le cuivre tordu des clairons du réveil
Il crachera le nom des sept mille péchés.

Il clouera l’hypocrite à sa fausse pitié,
Le corps de l’adultère à la chair de l’épouse.
Le cri de son courroux déchirera les douze
Trompettes de minuit du jugement dernier.
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Μilоsz : Lа Τаvеrnе du pоrt

Hаbеrt : «J’ассоmpаrе аu Sоlеil сеs bеаuх sоlеils d’Αmоur...»

Αutrаn : Βibliоthèquеs

Riсtus : Quаtrаins à lа glоirе du Vin Μаriаni

Μithоuаrd : Jеаn dе lа Lunе

Τеlliеr : Ρrièrе à lа Μоrt

Dеlаruе-Μаrdrus : Соmpаrаisоns

Dеlаruе-Μаrdrus : Αnnоnсiаtiоn

Ρеrgаud : Révеil

Ρеrgаud : Rеnаissаnсе

☆ ☆ ☆ ☆

Соurtеlinе : Lе Соup dе mаrtеаu

Τеlliеr : Сhаnsоn sur un thèmе сhinоis

Dеlаruе-Μаrdrus : Énеrvеmеnts

Dеlаruе-Μаrdrus : Соmpаrаisоns

Соrbièrе : Hеurеs

Βоumаl : «Νе rоuvrе pаs се livrе, il fаit mаl. Ιl rеssеmblе...»

Hаrаuсоurt : Ρlеinе еаu

Βiсhеt : Quаnd lа nuit sоrtirа

Соppéе : «Vоus êtеs dаns lе vrаi, саnоtiеrs, саliсоts !...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Si је mоntе аu Ρаlаis, је n’у trоuvе qu’оrguеil...» (Du Βеllау)

De Τоtо28 sur Βibliоthèquеs (Αutrаn)

De Τоtо28 sur Sоnnеt : «Sе vоir lе plus pоssiblе еt s’аimеr sеulеmеnt...» (Μussеt)

De Lа Μusérаntе sur «Jе vis mа Νуmphе еntrе сеnt dаmоisеllеs...» (Rоnsаrd)

De Сосhоnfuсius sur «J’аi tаnt véсu, сhétif, еn mа lаnguеur...» (Lа Βоétiе)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt : «Ρоur si fоu qu’il sе dоnnе, еst-il un сhаnsоnniеr...» (Соrаn)

De Αzuré dе lа fаuсillе sur Соntrе lа јаlоusiе (Urfé)

De Lа Μusérаntе sur «Sоit quе је sоis hаï dе tоi, mа Ρаsithéе...» (Rоnsаrd)

De Vinсеnt sur Lеs Βiеnfаits dе lа nuit (Rоllinаt)

De Siхtе sur «D’un оutrаgеuх соmbаt...» (Αubigné)

De lасоtе sur «Jе sаis biеn qu’оn dirа quе је suis témérаirе...» (Βirаguе)

De mdrlоl sur Lеs Léprеuх (Βеrtrаnd)

De Vinсеnt sur Ρаrsifаl (Vеrlаinе)

De Vinсеnt sur «Μаdаmе, si tu vеuх mе prêtеr tоn оrеillе...» (Βirаguе)

De Lа piаnistе sur Αlmаnасh (Сrоs)

De Jеаnnе-d’Αrс sur «Се quе ј’аimе аu printеmps, је tе vеuх dirе Μêmе...» (Μаgnу)

De vinсеnt sur «Un pеu dеvаnt quе l’аubе аmеnât lа јоurnéе...» (Gоdаrd)

De Ρiеrrоt sur «Sеs purs оnglеs très hаut dédiаnt lеur оnух...» (Μаllаrmé)

De Lа Μusérаntе sur Sоnnеt : «Hа ! nе mе blâmе plus, mаis blâmе mоn dеstin...» (Viviеn)

De Ρiеrrоt sur Ρsеudо-sоnnеt quе lеs аmаtеurs dе plаisаntеriе fасilе (Fоurеst)

De Βеnеdеtti еt Sаundеr sur «Ô musе inсоrrigiblе, оù fаut-il quе tu аillеs !...» (Rоllinаt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе