Oscar V. de L. Milosz

Le Poème de Décadences


Voyage


 
Fanny, ma nostalgique aux yeux couleur de cieux
Défunts ! partons, vers le Jadis, en diligence...
Ô ! la route sentimentale, et le silence
Des vieux soleils, et ce désordre en vos cheveux,
 
Ma frêle amie aux yeux couleur de fleur-de-lin !
Le postillon jovial active les collines
En fuite à contre-sens, et les brises câlines
Agacent les feuillets de votre Jocelyn.
 
Ce lac, ce lointain lac, petit comme une fleur !
Ah ! puisse-t-il ne point finir, le cher voyage !
Vos yeux sont les calmes dormants d’avant l’orage
L’ennui blanc des chemins grelotte de chaleur.
 
Le véhicule roule avec des rythmes doux
Vers le vieux pays des brigands et des musées.
La forêt vous bénit de branches amusées,
Mélancolique enfant fière de votre toux...
 
C’est la vieille chanson qui vient pleurer tout bas
Dans le parc orphelin de jadis, c’est l’amère
Et chevrotante mélodie, ô ma bien chère,
Du pauvre bon vieux temps qui ne reviendra pas...
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 27 octobre 2021 à 18h44


Saccage
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Un clair de lune triste et beau tombe des cieux,
Et le jet d’eau jaillit comme une résurgence
Qui éclabousserait les portes du silence.
En tendant bien l’oreille, on perçoit, si l’on veut,
 
Les soupirs, dans le parc tendu de zinzolin,
De quelque blanc Pierrot qui, sur sa mandoline,
Mélancolise « Nuits de Chine, nuits câlines ».
Cependant dans le ciel passent les zeppelins,
 
Les U2, Messerschmitt et avions renifleurs.
Le firmament n’est plus qu’un grand embouteillage ;
Partout les réacteurs rugissent avec rage,
L’obscurité vomit ces engins de malheur.
 
Parfois, griffant l’éther, surgi on ne sait d’où,
S’inscrit subitement le trait d’une fusée
Dont la flamme bondit dans l’ombre perfusée
Et puis, sans autre avis, redisparaît itou.

Tout cela va et vient, mais nous deux, ici-bas,
Sachant que le plaisir sur terre est éphémère,
Nous trinquons, rigolons, et faisons bonne chère,
Comme les deux amis du Monomotapa.

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