Molière


Stances galantes



Souffrez qu’Amour cette nuit vous réveille ;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer :
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c’est dormir que de ne point aimer.

Ne craignez rien : dans l’amoureux empire,
Le mal n’est pas si grand que l’on le fait ;
Et, lorsqu’on aime et que le cœur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.

Le mal d’aimer, c’est de le vouloir taire ;
Pour l’éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n’en faites point mystère ;
Mais vous tremblez et ce dieu vous fait peur !

Peut-on souffrir une plus douce peine ?
Peut-on souffrir une plus douce loi ?
Qu’étant des cœurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre, Amour agisse en roi.

Rendez-vous donc, ô divine Amarante,
Soumettez-vous aux volontés d’Amour ;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n’a point de retour.
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 26 octobre 2021 à 14h04


L’Affaire Thomas Crown (revisitée)

Vraiment, s’en prendre à un vieux de la vieille,
En espérant le voir se rétamer ?
Je le sais bien, allez, qu’on me surveille ;
Vous n’aurez pas de peine à me charmer.

Le jeu d’échecs, semble-t-il, vous inspire ;
Votre « Try me » a produit son effet.
J’entends fort bien la langue de Shakespeare ;
Les verres sont par là, dans le buffet.

Vous narguez un nouveau célibataire,
Un risque-tout grand prince et grand buveur. (1)
Oui, je m’amuse et je me désaltère,
Mais méfiez-vous, les masques sont trompeurs.

Vous me croyez grisé, et bien en peine
De répéter mes précédents exploits ?
Vous menacez mon fou de votre reine :
Habilement, je déplace mon roi.

Échec et mat ? Ah, vous êtes marrante,
Vous abusez, je crois, du Saint-Amour.
N’attendez pas que je vous complimente :
Vous auriez dû prendre garde à ma tour.


(1) Ceci est un ajout éhonté de mon cru. Thomas Crown n’est pas un alcoolo.

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