Musset

Poésies nouvelles, 1850


À Alf. T.


 

Sonnet


Qu’il est doux d’être au monde, et quel bien que la vie !
Tu le disais ce soir par un beau jour d’été.
Tu le disais, ami, dans un site enchanté,
Sur le plus vert coteau de ta forêt chérie.
 
Nos chevaux, au soleil, foulaient l’herbe fleurie ;
Et moi, silencieux, courant à ton côté,
Je laissais au hasard flotter ma rêverie ;
Mais dans le fond du cœur je me suis répété :
 
— Oui, la vie est un bien, la joie est une ivresse ;
Il est doux d’en user sans crainte et sans soucis ;
Il est doux de fêter les dieux de la jeunesse,
 
De couronner de fleurs son verre et sa maîtresse,
D’avoir vécu trente ans comme Dieu l’a permis,
Et, si jeunes encor, d’être de vieux amis.
 

Bury, 10 août 1838.

Commentaire (s)
Déposé par floriane le 20 mai 2014 à 19h20

quel est le titre de ce poèmes ???

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Déposé par floriane le 20 mai 2014 à 19h21

quel est le titre de ce poèmes ???

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Déposé par Christian le 21 mai 2014 à 07h11

Ce poème n’a pas véritablement de titre, « À Alf. T. » (« À Alfred Tattet » dans certaines éditions) étant plutôt une dédicace...

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Déposé par Cochonfucius le 28 janvier 2015 à 14h48

Séduction d’un instrument
-------------------------------

Un monstre, qui n’avait rien connu  de la vie
Que les champs de bataille au long des jours d’été,
S’introduisit un jour au manoir enchanté ;
Par un air musical, son âme fut ravie.

Mais au bout d’un moment se tut la mélodie :
Chacun des musiciens partit de son côté,
Les uns devant dormir, les autres répéter,
Et le monstre eut son âme, à nouveau, alourdie.

Afin de retrouver cette récente ivresse,
Il s’attaque au clavier, en toute maladresse,
Mêlant l’aigu, le grave, et le clair, et le sourd.

Pour l’entendre, par chance, il n’y avait personne.
Il savoure ces sons qui si durement sonnent ;
Gauches sont tous ses doigts, mais il s’ouvre à l’amour.

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Déposé par Cochonfucius le 15 août 2018 à 13h58

Portail hermétique
----------------------

Non, je n’ai pas les clés du portail de ma vie.
Je vois se succéder les hivers, les étés,
Les jours qui me défont et les jours qui m’enchantent ;
L’âme parfois morose et bien souvent ravie.

La vie, je n’en ai pas appris la mélodie ;
Je scrute l’horizon, pensif, de tous côtés.
Les nuages là-bas semblent se répéter
Quand ils ornent le ciel de leur forme alourdie.

Je ne puis retrouver mes anciennes ivresses,
Je le tente pourtant, mais non sans maladresse,
Car aux meilleurs conseils, l’esprit se montre sourd.

Mais j’aime les sentiers où ne passe personne,
Où le chant des oiseaux savoureusement sonne ;
Et puis, le souvenir étrange de l’amour.

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