Musset

Contes d’Espagne et d’Italie, 1930


Sonnet


 
Que j’aime le premier frisson d’hiver ! le chaume,
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer !
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
Au fond du vieux château s’éveille le foyer ;
 
C’est le temps de la ville. — Oh ! lorsque l’an dernier,
J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J’entends encore au vent les postillons crier),
 
Que j’aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine
Sous ses mille falots assise en souveraine !
J’allais revoir l’hiver. — Et toi, ma vie, et toi !
 
Oh ! dans tes longs regards j’allais tremper mon âme ;
Je saluais tes murs. — Car, qui m’eût dit, madame,
Que votre cœur si tôt avait changé pour moi ?
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 10 juillet 2016 à 16h34

Lune des éléphants
----------------------

Ce sont trois éléphants, toujours nourris de chaume,
Sous un triste fardeau n’ayant jamais ployé,
Quand la lune s’en vient dans la nuit qui embaume,
Ils s’en vont, tous les trois, rejoindre leur foyer.

Le plus jeune des trois est né de l’an dernier,
À peine connaît-il, du ciel, le vaste dôme ;
Les deux autres, deux vieux sujets de ce royaume,
Se rappellent l’enfant qu’ils entendaient crier.

Jamais ils ne verront les rives de la Seine,
À quoi l’indifférence, en eux, est souveraine ;
Pas plus qu’ils ne voudront s’installer sous un toit.

C’est la sérénité qui fait vivre leur âme,
Et nul besoin, pour eux, de prier Notre-Dame :
La lune leur suffit, nouvelle chaque mois.

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