Musset

Poésies nouvelles, 1850


Sonnet


 
Se voir le plus possible et s’aimer seulement,
Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge,
Vivre à deux et donner son cœur à tout moment ;
 
Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,
Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,
Et dans cette clarté respirer librement —
Ainsi respirait Laure et chantait son amant.
 
Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci,
C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.
 
Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 17 juin 2018 à 13h06

Maître crapaud d’azur
-----------------------

Il se complaît surtout dans son isolement ;
Le traiter de seigneur, ce serait un mensonge,
Légers et sans valeur sont les débris qu’il ronge,
Mais à les savourer il passe un bon moment.

Ce n’est pas un bestiau qui gambade et qui plonge,
Il va bien lentement, il marche comme en songe,
Évitant le soleil, respirant librement,
Et, s’il est amoureux, se montre prude amant.

Il n’est pas insensible à la grâce suprême
D’une dame du bois qui n’est pas sans merci ;
Il sait qu’il restera dans l’ombre, c’est ainsi.

Il vit en évitant le doute et le blasphème,
Lorsque Satan lui parle, il lui répond ceci :
Aimer ce que l’on a, c’est avoir ce qu’on aime.

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Déposé par Toto28 le 18 juin 2018 à 06h50

Ment
songe,
nous ronge
à tout moment ;

Qu’on y plonge,
au lieu d’un songe,
librement,
son amant.

Suprême
souci :
aimer ainsi.

blasphème
ceci :
qu’on aime.

[Lien vers ce commentaire]

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