Émile Nelligan


Amour immaculé


 
Je sais en une église un vitrail merveilleux
Où quelque artiste illustre, inspiré des archanges,
A peint d’une façon mystique, en robe à franges,
Le front nimbé d’un astre, une Sainte aux yeux bleus.
 
Le soir, l’esprit hanté de rêves nébuleux
Et du céleste écho de récitals étranges,
Je m’en viens la prier sous les lueurs oranges
De la lune qui luit entre ses blonds cheveux.
 
Telle sur le vitrail de mon cœur je t’ai peinte,
Ma romanesque aimée, ô pâle et blonde sainte,
Toi, la seule que j’aime et toujours aimerai ;
 
Mais tu restes muette, impassible, et, trop fière,
Tu te plais à me voir, sombre et désespéré,
Errer dans mon amour comme en un cimetière !
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 12 janvier 2014 à 11h41

Nous étions là trois béliers blêmes,
Devant les grands chariots à franges,
Où Plouf le canard et ses anges
Songeaient parmi les chrysanthèmes.

Le roseau miaulait dans le vide ;
Et son jardinier un peu jaune,
Dans sa vivacité d’icône
Effleurait l’oiseleur livide.

Nous étions là trois béliers tristes
Jetant des trucs au sanctuaire,
Sous la girafe mortuaire
Aux chansonnettes d’améthyste.

Nos affreux hiboux à cette heure
Montaient en expériences blanches,
Comme un gaulliste des dimanches,
Quand le tapissier prie et pleure…

Puis nous luttions… Je me rappelle !
Les ans luttaient au clair de lune,
Dans la chaudière où tintait une
Voix de la petite dentelle…

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 27 septembre 2016 à 16h20

Église des trolls
-------------------

Les trolls ont consacré leur temple merveilleux,
Une vaste taverne où boivent les archanges ;
Sur la bière, la mousse est une fière frange,
Qu’en son calice boit l’archevêque aux yeux bleus.

Au soir, les saints propos deviennent nébuleux,
S’y glissent en passant des paroles étranges :
L’un dit que l’arc-en-ciel est une écharpe orange
Et l’autre, que la lune a perdu ses cheveux.

Une dame trollesse en une niche est peinte ;
Maint fidèle, adorant la polychrome sainte,
Lui voue, en sa détresse, un chant désespéré.

Elle reste muette, impassible, et trop fière !
Car son prince charmant est dans un cimetère,
Il dort dans un caveau, sous les cierges dorés.

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