Émile Nelligan


Clair de lune intellectuel


 
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Elle a l’éclat parfois des subtiles verdeurs
D’un golfe où le soleil abaisse ses antennes.
 
En un jardin sonore, au soupir des fontaines,
Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs ;
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
 
Elle court à jamais les blanches prétentaines,
Au pays angélique où montent ses ardeurs,
Et, loin de la matière et des brutes laideurs,
Elle rêve l’essor aux célestes Athènes.
 
Ma pensée est couleur de lunes d’or lointaines.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 22 février 2013 à 10h23

Tu t’en vas pour plonger à la source lointaine
Dont nul n’a mesuré, jamais, la profondeur.
Plus haut, dans le feuillage aux vivantes verdeurs,
Les fourmis te saluent du bout de leurs antennes.

Rien ne peut surpasser cette claire fontaine ;
La forêt y propose un festival d’odeurs ;
Tu t’en vas pour plonger à la source lointaine
Dont nul n’a mesuré, jamais, la profondeur.

Or, tous les guilledous, toutes les prétentaines,
Qui font danser ici ta printanière ardeur
T’auront bientôt conduit, loin de toute laideur,
Cueillir le myrte blanc aux bocages d’Athènes ;

Tu t’en vas pour marcher sur la lune lointaine.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 25 février 2024 à 12h04

Seigneur abyssal
------------

Je règne sur les eaux lointaines,
Y compris dans leurs profondeurs ;
Je règne sur mille splendeurs,
J’ai noyé mille capitaines.

Aussi  fraîche qu’une fontaine,
La fosse m’offre ses odeurs ;
Je suis loin de toute laideur
Et de toute chose incertaine.

Cet océan, c’est ma maison,
De mes ennemis la prison ;
Je les abreuve d’eau de Seine.

Les grands ondins sont mes neveux,
Et comme moi, forts et nerveux ;
Ils n’ont aucune idée malsaine.

[Lien vers ce commentaire]

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