Germain Nouveau

La Doctrine de l'Amour, 1880


Chasteté


 
Louez la chasteté, la plus grande douceur,
Qui fait les yeux divins et la lèvre fleurie,
Et de l’humanité tout entière une sœur,
 
C’est par elle que l’âme à l’âme se marie ;
Par elle que le cœur du cœur est écouté ;
C’est le lys de Joseph, le parfum de Marie.
 
Elle est arbre de force, elle est fleur de beauté ;
Elle sait détacher le cœur de toutes choses,
Et sans elle il n’est pas d’entière charité.
 
La volupté viole et déchire les roses,
Sa fleur c’est le dégoût, son fruit c’est la laideur.
Son sourire est cruel dans ses apothéoses.
 
Elle est la rose impure, et sa lugubre odeur
Attire un désir noir comme une horrible mouche ;
Elle est l’eau d’amertume et le pain de fadeur.
 
De Vesper qui se lève à Vénus qui se couche,
Aimez la chasteté, la plus belle vertu,
Née aux lèvres du Christ adorable et farouche.
 
Ce fauve, le plaisir, à vos seuls pieds s’est-tu,
Maître, qui revêtez de blanc la Madeleine
Pour le plus saint combat que l’homme ait combattu.
 
Couronnement divin de la sagesse humaine,
La chasteté sourit à l’homme et le conduit ;
L’homme avec elle est roi, sans elle tout le mène.
 
La sagesse ! Sans elle un baiser la détruit !
Nul n’a contre un baiser de volonté suprême ;
Nul n’est sage le jour, s’il n’est chaste la nuit.
 
Nul n’est sage vraiment qui ne l’épouse et l’aime
Dans l’esprit de beauté, dans l’esprit de bonté,
Et nul chaste sans vous, Seigneur, chasteté même !
 
L’esprit gouverne en elle avec lucidité,
Trop viril pour gémir, assez puissant pour croire ;
Et sans elle, il n’est pas d’entière liberté !
 
Aimez la chasteté, la plus douce victoire
Que César voit briller, qu’il ne remporte pas ;
Dont les rayons, Hercule, effaceront ta gloire.
 
Le monde est une cage où le mal au front bas
Est la ménagerie, et la dompteuse forte
Est cette chasteté portant partout ses pas.
 
Elle entre dans la cage ; elle en ferme la porte,
Elle tient sous ses yeux tous les vices hurlants ;
Si jamais elle meurt, l’âme du monde est morte.
 
Mais elle est Daniel sous ses longs voiles blancs ;
Daniel ne meurt pas, car Dieu met des épées
Dans ses deux yeux qui sont des yeux étincelants :
 
Dansles fleurs, aux plis blancs de sa robe échappées,
Suivez sa chevelure au vent, comme le chien
Suit la flûte du pâtre au temps des épopées.
 
Elle va dissipant deux maux qui ne sont rien
Qu’un peu d’aveuglement et qu’un peu de fumée :
Le mépris du bonheur et la honte du bien.
 
Elle apporte sa lampe à notre nuit charmée ;
Dans notre lourd silence, elle éveille ses chants,
Et sa lèvre adorable est toute parfumée.
 
Ses yeux ont la gaîté de l’aube sur les champs ;
Elle allie en son cœur, dévoué même aux brutes,
À la haine du mal l’amour pour les méchants.
 
Elle force le seuil des plus viles cahutes
Et des plus noirs palais les mieux clos au soleil.
Sa corde ceint les reins des braves dans les luttes.
 
Elle cueille humblement, dans la joie en éveil,
Les lauriers les plus verts des plus nobles conquêtes,
Sans vain fracas d’acier, ni dur clairon vermeil,
 
Elle rit aux dangers comme on rit dans les fêtes,
Devant ployer un jour tout sous sa volonté,
Plus grande, ô conquérants, que le bruit que vous fait
 
Et sans elle, il n’est pas d’entière majesté !
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаudеlаirе : Lе Соuсhеr du Sоlеil rоmаntiquе

Αpоllinаirе : Dаns lе јаrdin d’Αnnа

Μаllаrmé : Sоnnеt : «Sur lеs bоis оubliés quаnd pаssе l’hivеr sоmbrе...»

Αutrаn : Lа Βоhèmе

Rоnsаrd : «Jе nе sеrаis mаrri, si tu соmptаis mа pеinе...»

Βlаisе Сеndrаrs

Сеndrаrs : Соntrаstеs

Hеrvillу : Ρuérilités

☆ ☆ ☆ ☆

Βаudеlаirе : «Соmbiеn durеrоnt nоs аmоurs ?...»

Αutrаn : Βibliоthèquеs

Αutrаn : Ρrudеnсе dе lа Grеnоuillе

Αubigné : Εхtаsе

Αutrаn : Sévigné

Νеrvаl

Μоréаs : Μusiquе lоintаinе

Μоréаs : «Ô mеr immеnsе...»

Lа Villе dе Μirmоnt : «Jе pоrtе аu grоs оrtеil un аnnеаu d’оr mаssif...»

Соppéе : «L’éсоlе. Dеs murs blаnсs, dеs grаdins nоirs, еt puis...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Fаitеs-mоi сhеvаliеr, ассоlеz-mоi, mа bеllе...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Сосhоnfuсius sur Sur lеs débuts d’Αminа Βоsсhеtti (Βаudеlаirе)

De Сосhоnfuсius sur Lеs Соrbеаuх (Νеlligаn)

De Αmigо* sur Dаns lе јаrdin d’Αnnа (Αpоllinаirе)

De Ρоrсus Сum Librо sur Lupеrсus (Hеrеdiа)

De Μаlvinа sur «Quаnd l’оmbrе mеnаçа dе lа fаtаlе lоi...» (Μаllаrmé)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur Lеs Ρоrсs : «Αvес lеurs grоins...» (Vеrhаеrеn)

De gаutiеr sur Lеs Αssis (Rimbаud)

De Lа Μusérаntе sur L’Éсhеllе (Αutrаn)

De Didiеr СΟLΡΙΝ sur «Αmоur, је nе mе plаins dе l’оrguеil еndurсi...» (Rоnsаrd)

De Μаriа sur «Αprès unе јоurnéе dе vеnt...» (Rilkе)

De Vinсеnt sur «Αu prеmiеr trаit, quе mоn œil rеnсоntrа...» (Τуаrd)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De vinсеnt sur «Ν’еs-tu lаssе, аussi, dе rêvеr d’hiеr ?...» (Viеlé-Griffin)

De Vinсеnt sur Lа Grеnоuillе blеuе (Fоrt)

De L’аmоr sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ρiеrrоt sur Sоnnеt à lа nuit (Rоllinаt)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе