Germain Nouveau



Hier, par une après-midi
Où le soleil regaillardi
Luisait dans un ciel attiédi,
 
Et dans la splendeur qu’il étale
Comme une ville orientale
Baignait la froide capitale ;
 
Comme j’errais, le nez au vent,
Dans la rue au tableau mouvant,
En flaneur naïf et savant,
 
Je vis sur l’asphalte élastique
D’un trottoir aristocratique
Une vivante et fantastique
 
Parisienne au pas léger,
Type dont rêve l’étranger !
Femme qu’on ne peut, sans changer
 
Aussitôt sa route et la suivre,
Rencontrer, tant on devient ivre
La voyant se mouvoir et vivre ;
 
Tant à ses petits pieds vainqueurs,
Infatigables remorqueurs,
Elle sait attacher les cœurs !
 
Mise, par ma foi ! comme en mise
De bal, aussi bien qu’en chemise,
Elle seule sait être mise,
 
Dans la foule, au milieu du bruit,
Sous la voilette où son œil luit,
Discernant très bien qui la suit,
 
Et sachant que d’elle on s’occupe,
Feignant de soulever sa jupe,
Un jeu dont on est toujours dupe ;
 
Avec un air fin et discret,
Dont Gavarni sut le secret,
Et des mouvements qu’on dirait,
 
À voir, avec le vol des manches,
Le tangage amoureux des hanches
Ravis aux goélettes blanches ;
 
Idéal qui passe, rêvé
Longtemps, qu’on croit enfin trouvé,
Enchanteresse du pavé !
 
Dans la soie et dans la dentelle
Elle allait et, se hâtait-elle,
Qu’on se demandait : où va-t-elle ?
 
Quel est son but et son dessein ?
Dans l’éblouissant magasin
Où l’étoffe au riche dessin
 
Dans mille glaces se reflète,
Irait-elle, pour sa toilette,
Faire quelque importante emplette ;
 
Ou bien, afin de se cacher
D’un mari qui peut la chercher,
Disant « au galop » au cocher,
 
Se jeter dans une voiture,
Et partir, folle créature,
Pour une galante aventure ;
 
Ou bien encore, dans un lieu
Triste et nu, sans lampe ni feu,
Où la faim tend les bras vers Dieu,
 
Porter le seul pain qu’on y mange ?
Car, on le sait, cet être étrange,
S’il n’est un démon est un ange.
 
Peut-être aussi par ce soleil
Sorti souriant et vermeil
Des froides brumes du sommeil,
 
Ne veut-elle parmi les brises,
Hors du foyer aux ombres grises
Et les rayons — douces surprises —
 
Que se promener simplement.
Tout à coup, je ne sais comment
Et comme par enchantement,
 
Bien que des yeux je ne quittasse
Cette fée au pas plein de grâce,
Je perdis tout à fait sa trace !
 
Le but qu’elle pouvait avoir
Était-ce Plaisir ou Devoir ?
Je ne devais pas le savoir.
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Сrоs : Ιnsоumissiоn

Μussеt : Αprès unе lесturе

Gоmbаud : Démаngеаisоn d’éсrirе

Vеrlаinе : «Âmе, tе sоuviеnt-il, аu fоnd du pаrаdis...»

Frаnсis Jаmmеs

Τоulеt : «Dеssоus lа соurtinе mоuilléе...»

Du Βеllау : «Qui а nоmbré, quаnd l’аstrе, qui plus luit...»

Μussеt : Соnsеils à unе Ρаrisiеnnе

Rоllinаt : Βаllаdе du саdаvrе

☆ ☆ ☆ ☆

Rоdеnbасh : Rеndеz-vоus tristеs

Βаudеlаirе : Lе Viеuх Sаltimbаnquе

Luсiе Dеlаruе-Μаrdrus

Νоаillеs : «S’il tе plаît dе sаvоir јusqu’оù...»

Сrоs : Сuеillеttе

Βruаnt : À Μоntmеrtе

Ρаtriаt : «Αсhètе qui vоudrа lе Саmеmbеrt trоp dоuх...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Μаîtrе sаns соntrеdit dе се glоbе hаbité...» (Vаlléе dеs Βаrrеаuх)

De Сосhоnfuсius sur Sur lе bоis dе lа vrаiе сrоiх (Rасаn)

De Сосhоnfuсius sur Sаinсtе-Fасе (Lоuvigné du Dézеrt)

De piсh24 sur Lе Ρrеmiеr Αmоur (Dеsbоrdеs-Vаlmоrе)

De ΟUSSΕΝΙ sur «Étrаngеr, је sеns bоn...» (Τоulеt)

De piсh24 sur Lе Liоn еt lе Rаt. Lа Соlоmbе еt lа Fоurmi (Lа Fоntаinе)

De Сurаrе- sur Lе Сhênе еt lе Rоsеаu (Lа Fоntаinе)

De Сhristiаn sur Αutоmnе (Αpоllinаirе)

De piсh24 sur Τаisеz-vоus (***)

De Μаrсеlinе Dеsbоrdеs sur «Sаns sоupirеr vivrе iсi је n’аi pu...» (Rоnsаrd)

De Сhristiаn sur «L’аutоmnе suit l’été еt lа bеllе vеrdurе...» (Grévin)

De Сurаrе- sur Rеmоntrаnсе à un Ρоètе buvеur d’еаu (Соllеtеt)

De Μаrсеlinе Dеsbоrdеs- sur «Lе pеintrе qui vоudrаit аnimеr un tаblеаu...» (Αubigné)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Lе Ρêсhеur d’éсrеvissеs (Rоllinаt)

De Сhristiаn sur L’Εссlésiаstе (Lесоntе dе Lislе)

De Frеdеriс Ρrоkоsсh sur Lа Ρuсеllе (Vеrlаinе)

De Léо Lаrguiеr sur Léо Lаrguiеr

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur Αnnе, pаr јеu, mе јеtа dе lа nеigе (Μаrоt)

De Jérômе ΤΕRΝYΝСK sur H (Μilоsz)

De XRumеrΤеst sur L’Éсuуèrе (Frаnс-Νоhаin)

De Gаrdiеn dеs Αlbаtrоs sur À Viсtоr Hugо (Νеrvаl)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе