Marc de Papillon de Lasphrise

L’Amour passionnée de Noémie


LXI


 
Qu’en dites-vous, mon Cœur ? Je vous pri de le dire.
Quoi ? vous rêvez, ce semble, ô quelle étrange humeur !
Mais ce beau teint changeant m’avant-court un bonheur,
Et ce vent tremblotant qui doucement soupire.
 
Las ! ce bel œil baissé, dont le jour se retire,
Pourrait bien messager quelque étrange douceur :
Non, ce souris bénin présage une douleur,
Pour donner à ce coup trêve entre mon martyre.
 
Parlez donc, mon souci, quoi ? vous ne dites rien.
Qui se tait il consent, vous le voulez donc bien.
Approche-toi m’Amour, baise-moi ma chère âme,
 
Je me veux enivrer de la douce poison,
Qui tant et tant de fois suborna ma raison :
Seigneur Dieu je me meurs, je me perds, je me pâme.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 18 juillet 2014 à 10h24

Sombre jardin
------------------

Approchez, mes enfants, le barde va vous dire
Un conte qui provient de son étrange humeur.
C’est le dit du jardin. Il est sombre, endormeur,
Comme un gouffre où le vent se lamente et soupire.

La chauve-souris vient quand le jour se retire ;
À l’heure où les vergers baignent dans la douceur,
Les buissons de ce parc se tordent de douleur,
Tout comme au souvenir d’un atroce martyre.

J’y vois pourtant des fleurs, et cela n’est pas rien !
Découvrir en ce lieu quelque chose de bien,
Voilà de quoi bercer et consoler mon âme.

Il est vrai que ces fleurs ont pour suc un poison
Qui emballe le coeur et détruit la raison ;
Le soir, en cet enclos, plus d’un oiseau se pâme.

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