Parny


V


J’ai cherché dans l’absence un remède à mes maux ;
J’ai fui les lieux charmants qu’embellit l’infidèle,
Caché dans ces forêts dont l’ombre est éternelle,
J’ai trouvé le silence, et jamais le repos.
Par les sombres détours d’une route inconnue
J’arrive sur ces monts qui divisent la nue :
De quel étonnement tous mes sens sont frappés !
Quel calme ! quels objets ! quelle immense étendue !
La mer paraît sans borne à mes regards trompés,
Et dans l’azur des cieux est au loin confondue.
Le zéphyr en ce lieu tempère les chaleurs ;
De l’aquilon parfois on y sent les rigueurs ;
Et tandis que l’hiver habite ces montagnes,
Plus bas l’été brûlant dessèche les campagnes.
 
Le volcan dans sa course a dévoré ces champs ;
La pierre calcinée atteste son passage :
L’arbre y croît avec peine, et l’oiseau par ses chants
N’a jamais égayé ce lieu triste et sauvage.
Tout se tait, tout est mort. Mourez, honteux soupirs,
        Mourez, importuns souvenirs
        Qui me retracez l’infidèle ;
        Mourez, tumultueux désirs ;
        Ou soyez volages comme elle.
        Ces bois ne peuvent me cacher ;
        Ici même, avec tous ses charmes,
        L’ingrate encor me vient chercher ;
        Et son nom fait couler des larmes
        Que le temps aurait dû sécher.
Ô dieux ! ô rendez-moi ma raison égarée ;
Arrachez de mon cœur cette image adorée ;
Éteignez cet amour qu’elle vient rallumer,
Et qui remplit encor mon âme tout entière,
        Ah ! l’on devrait cesser d’aimer
        Au moment qu’on cesse de plaire.
 
Tandis qu’avec mes pleurs la plainte et les regrets
        Coulent de mon âme attendrie,
        J’avance, et de nouveaux objets
        Interrompent ma rêverie.
Je vois naître à mes pieds ces ruisseaux différents,
Qui, changés tout à coup en rapides torrents,
Traversent à grand bruit les ravines profondes,
Roulent avec leurs flots le ravage et l’horreur,
Fondent sur le rivage, et vont avec fureur
Dans l’océan troublé précipiter leurs ondes.
Je vois des rocs noircis, dont le front orgueilleux
        S’élève et va frapper les cieux.
        Le temps a gravé sur leurs cimes
        L’empreinte de la vétusté.
        Mon œil rapidement porté
De torrents en torrents, d’abîmes en abîmes,
                  S’arrête épouvanté.
Ô nature ! qu’ici je ressens son empire !
J’aime de ce désert la sauvage âpreté ;
De tes travaux hardis j’aime la majesté ;
Oui, ton horreur me plaît, je frissonne et j’admire.
 
Dans ce séjour tranquille, aux regards des humains
Que ne puis-je cacher le reste de ma vie !
Que ne puis-je du moins y laisser mes chagrins !
Je venais oublier l’ingrate qui m’oublie,
Et ma bouche indiscrète a prononcé son nom ;
Je l’ai redit cent fois, et l’écho solitaire
De ma voix douloureuse a prolongé le son ;
        Ma main l’a gravé sur la pierre ;
        Au mien il est entrelacé.
Un jour, le voyageur sous la mousse légère,
        De ces noms connus à Cythère
        Verra quelque reste effacé.
Soudain il s’écriera : « Son amour fut extrême ;
Il chanta sa maîtresse au fond de ces déserts.
Pleurons sur ses malheurs et relisons les vers
        Qu’il soupira dans ce lieu même. »
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Αјаlbеrt : Ρеtitеs оuvrièrеs

Τоulеt : «Sur l’осéаn соulеur dе fеr...»

Βаtаillе : Lеs Sоuvеnirs

Rоnsаrd : «Lе Сiеl nе vеut, Dаmе, quе је јоuissе...»

Μаgnу : «Αnnе, је vоus suppliе, à bаisеr аpprеnеz...»

Sullу Ρrudhоmmе : Lеs Сhаînеs

Dеshоulièrеs : Stаnсеs : «Εh ! quе tе sеrs, аmоur, dе mе lаnсеr dеs trаits ?...»

Dеshоulièrеs : Stаnсеs : «Αgréаblеs trаnspоrts qu’un tеndrе аmоur inspirе...»

Αntоinеttе Dеshоulièrеs

Sullу Ρrudhоmmе : Lеs Sеrrеs еt lеs Βоis

☆ ☆ ☆ ☆

Sаmаin : Αutоmnе

Сrоs : Libеrté

Αpоllinаirе : Dаmе à lа sеrvаntе

Rоllinаt : Lа Grаndе Саsсаdе

Rоllinаt : Vаpеurs dе mаrеs

Μоlièrе : Stаnсеs gаlаntеs : «Sоuffrеz qu’Αmоur...»

Μаgnу : «Αnnе, је vоus suppliе, à bаisеr аpprеnеz...»

Du Βеllау : «Vоуаnt l’аmbitiоn, l’еnviе еt l’аvаriсе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Libеrté (Сrоs)

De Сосhоnfuсius sur «Αstrеs сruеls, еt vоus diеuх inhumаins...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur Lа Sоurсе (Gаlоу)

De tRΟLL sur Lа Βеllе Guеusе (Τristаn L'Hеrmitе)

De L’âmе аuх ninаs sur À lа Βrеtаgnе (Сhаpmаn)

De Сurаrе- sur «Dоulсin, quаnd quеlquеfоis је vоis сеs pаuvrеs fillеs...» (Du Βеllау)

De Fоllоwеur sur «Jе vоis millе bеаutés, еt si n’еn vоis pаs unе...» (Rоnsаrd)

De Εsprit dе сеllе sur «Jе rеgrеttе еn plеurаnt lеs јоurs mаl еmplоуés...» (Dеspоrtеs)

De Ρоr’d’âmе sur Ρlus tаrd (Μusеlli)

De Сurаrе- sur «Βаrquе, qui vаs flоttаnt sur lеs éсuеils du mоndе...» (Duplеssis-Μоrnау)

De Сhr... sur Αu Соllègе (Évаnturеl)

De Vinсеnt sur À unе Villе mоrtе (Hеrеdiа)

De Εsprit dе сеllе sur «Ô Diеu qui vоis сеttе rоuе ехéсrаblе...» (Vеrmеil)

De Lа Fаisаnе sur Lа Соlоmbе pоignаrdéе (Lеfèvrе-Dеumiеr)

De Μоrin dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Fоrаin dе Βlаnсhеmоr sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Jеhаn Çètоù sur Lе Τаlismаn (Νеlligаn)

De Сhаrlus Ρоpulаirе sur Viеuх mаrin, viеil аrtistе (Ρоpеlin)

De Αrаmis sur L’Hоspitаlité (Fаbrе d'Églаntinе)

De Αrаmis sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе