Jacques Peletier du Mans


Au Seigneur Pierre de Ronsard
l’invitant aux champs


Je suis las de la ville
Qui bruit comme tempête,
Cette tourbe civile
M’alourdit et entête :
Allons cueillir la guigne,
Allons voir les champs verts,
Les arbres tout couverts
Et la fleur de la vigne.
 
Pour avoir attendu
Un petit trop longtemps,
Je crains qu’avons perdu
Maints joyeux passe-temps :
Les rossignols gentils
Ayant leurs œufs éclos,
Ont jà le gosier clos,
Soigneux de leurs petits.
 
Les fleurs d’odeur naïve
Des arbres sont saillies ;
Roses de couleur vive
Sont jà presque cueillies :
Ces fausses bergerettes,
Par les prés et bosquets
Pour faire leurs bouquets
Ont pillé les fleurettes.
 
Sus donc, allons à coup
Ce peu de temps durant,
Ce nous sera beaucoup
D’avoir leur demeurant :
Le grain est dû à ceux
Que diligence guide,
La paille toute vide
Est pour les paresseux.
 
Maints plaisirs sans cela
Se montreront à nous,
Nous verrons çà et là
L’herbe jusqu’aux genoux ;
Chardonnets et linottes,
Tourtres ès hauts ormeaux,
Tarins sur les rameaux
Sonneront gaies notes.
 
Là nous jugerons bien
Des fruits de cette année
Et pourrons voir combien
Montera la vinée :
Car au dit de tous hommes
Ce qui est en la grappe,
Est force qu’il échappe,
Vu le temps où nous sommes.
 
Nous verrons es vergers
Fruits verdelets sans nombre,
D’autre part les bergers
Se reposer en l’ombre :
Et les chèvres barbues
Les buissons brouteront,
Les chevreaux sauteront
Ès prairies herbues.
 
Nous verrons le ruisseau
Ès prés faisant son tour,
Avec maint arbrisseau
Planté tout alentour :
Mais tant soit clair et souef,
Si n’en boirons nous point
De bon vin mieux à point
Étancherons la soif.
 
Une bouteille pleine
De ce bon vin bourgeois
Nous ôtera de peine
En ces lieux villageois :
Autrement que seroit-ce ?
Le gendarme endurci
N’a eu aucun merci
De bourg ni de paroisse.
 
Le ravage sans règle
A défoncé les muids,
Orge, froment et seigle
Leur ont été détruits :
Portons donc des poulets
Et quelque gras jambon,
Pour trouver le vin bon
Dedans les gobelets.
 
Ce temps d’étrange sorte
Bien doit être tenu,
Puisqu’aux champs on reporte
Ce qui en est venu :
Jadis, tout au rebours,
Laboureurs florissaient
Alors qu’ils fournissaient
La ville et les faubourgs.
 
Or le temps reviendra,
En dépit de rigueur,
Qu’aux champs on se tiendra
En joie et en vigueur :
Nous y ferons séjour
Lors sans mélancolie,
Mais ores c’est folie
D’y être plus d’un jour.
 

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