Raoul Ponchon

La Muse au cabaret


Chanson


Au sculpteur Desbois


Le joli vin de mon ami
N’est pas un gaillard endormi ;
À peine sorti de la treille,
Sans se soucier de vieillir,
Il ne demande qu’à jaillir
    De la bouteille.
 
Le cœur aussi de mon ami
Ne se donne pas à demi ;
Il n’est jamais d’humeur chagrine ;
Toujours prompt à vous accueillir,
Il ne demande qu’à jaillir
    De sa poitrine.
 
À peine vous êtes chez lui
Que son regard vous réjouit.
Il descend bien vite à la cave,
Et vous en rapporte un flacon
De son petit vin rubicond.
    Ah ! le vieux brave !
 
Mais, où son geste est éloquent
Et religieux, c’est bien quand
Il saisit son verre pour boire ;
Il me semble alors que je vois
Rutiler au bout de ses doigts
    Le Saint Ciboire !
 
Puis, à mesure que le vin
Descend dans ce profond ravin
Qui est son gosier grandiose,
Sa bonne figure apparaît
Resplendissante, on la croirait
    En métal rose.
 
Son âme dans ses yeux fleurit.
Il s’abandonne, et s’attendrit
Sur le sort du commun des hommes
Qui n’ont pas de ce vin subtil
Et positif. « Pauvres – dit-il —
    Gueux que nous sommes ! »
 
Après boire, cet être en or
Devient plus magnifique encor.
Car, telle est du Vin l’efficace
Qu’il rend meilleur les braves gens.
Cependant que les cœurs méchants
    Il coriace.
 
C’est merveille que de l’ouïr.
Les mots viennent s’épanouir
Sur sa bouche sacerdotale,
En aphorismes prompts et courts.
Jamais en de trop longs discours
    Il ne s’étale.
 
Son verbe est sagace et prudent,
Il parle comme un président,
Et dit des choses éternelles,
Que je m’abstiens de répéter,
Pour ne pas  les beautés gâter
    Qui sont en elles.
 
Que le Seigneur, le Seigneur Dieu
Avant qu’en son paradis bleu
Il ne rappelle à lui ce sage,
Pour trinquer avec ses élus,
Nous le garde cent ans et plus,
    Et davantage.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Τhаlу : L’Îlе lоintаinе

☆ ☆ ☆ ☆

Hеrеdiа : L’Οubli

Cоmmеntaires récеnts

De Сhristiаn sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De Βеаudеlаirе sur Βаudеlаirе

De Lе Gаrdiеn sur Virgilе (Βrizеuх)

De Jаdis sur Сrépusсulе (Соppéе)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

De Rigаult sur Αgénоr Αltаrосhе

De Jоël Gауrаud sur Αvе, dеа ; Μоriturus tе sаlutаt (Hugо)

De Huguеs Dеlоrmе sur Sоnnеt d’Αrt Vеrt (Gоudеzki)

De Un pоilu sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Lе соmiquе sur Μаdrigаl tristе (Βаudеlаirе)

De Сhаntесlеr sur «Sur mеs vingt аns, pur d’оffеnsе еt dе viсе...» (Rоnsаrd)

De Gеоrgеs sur À lа mémоirе dе Zulmа (Соrbièrе)

De Guillеmеttе. sur «Lе bеаu Ρrintеmps n’а pоint tаnt dе fеuillаgеs vеrts...» (Lа Сеppèdе)

De Guillаumе sur Αbаndоnnéе (Lоrrаin)

De Lа Μusérаntе sur Hоmmаgе : «Lе silеnсе déјà funèbrе d’unе mоirе...» (Μаllаrmé)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе