Raoul Ponchon


Printemps


 
Ô ma muse microscopique,
Si tu ne tiens pas à l’Hippique ?...
Moi non plus... Donc, si tu m’en crois,
Profitons de cette journée
Qui me semble heureusement née
Pour aller rêver dans les bois.
 
Vois : l’air est langoureux et moite ;
Au ciel des nuages d’ouate .
Vont floconnant, troupeau léger
Qui promène sa marche lente
Sous la conduite vigilante
De quelque invisible berger.
 
Déjà, sur les molles collines
Verdoyantes et coralines
Paraît le chevalier Printemps ;
Il est magnifique et frivole,
Il a le teint frais, la chair folle,
Le front ceint de lys éclatants.
 
Il fait un vacarme du diable,
Mais, de sorte irrémédiable,
Il réveille les endormis ;
Il va, vient et se multiplie,
Se dépense, dans sa folie,
Plus qu’un millier de fourmis.
 
« Allons, debout, les belles filles !
Dit-il, hardi, les joyeux drilles !
Aimez-vous, sans perdre un seul jour ;
Je suis le Printemps, ô jeunesse !
Se peut-il qu’on me méconnaisse ?
Aimez, je suis aussi l’Amour. »
 
Et d’un seul baiser de sa bouche
Il décide la plus farouche,
Dégourdit le plus innocent ;
Les gens, les bêtes et les choses
Se pâment à ses lèvres roses,
À ses yeux purs d’adolescent !
 
De toute sa personne émane,
Moitié sacré, moitié profane,
Un vertige de volupté
Tel, qu’il ferait entrer en danse
Le plus certain gland de potence
Comme l’âne le plus bâté.
 
Partout où son regard se pose,
La sève perle, verte et rose,
Aux coques des bourgeons naissants ;
Et çà et là, dans les prairies,
Les fleurs, de mystère pétries,
Gemment sous ses pas bienfaisants.
 
Il connaît les belles paroles
Qui font s’épanir les corolles
Des roses, des lilas, des lys,
Et passer toutes les délices
Des violettes, des mélisses
Dans l’haleine de nos Philis.
 
Il a des oiseaux plein des cages
Qu’il délivre dans les bocages
Ou bien qu’il éparpille au ciel ;
Et, que sais-je ?... il invente encore
Tout un essaim multicolore
De fins papillons de pastel.
 
Il veut qu’en les forêts prochaines
Les dryades au cœur des chênes
S’éveillent de leur blanc sommeil ;
Déjà, faisant craquer l’écorce,
On voit qui s’étire et s’efforce
Un peu de leur torse au soleil.
 
Plus loin, au cristal des fontaines,
Il veut que les nymphes hautaines
De Diane, reine des eaux,
Par son seul regard aguerries,
Avec mille folâtreries,
Culebutent dans les roseaux...
 
... Bah ! c’est toujours la même chose,
Que votre Printemps vert et rose —
Dit l’autre. — Il ne faut s’y fier :
Car, encore qu’il se répète,
Il n’est tel comme ce poète
Pour toujours diversifier.
 

in Le Journal, 29 mars 1897

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