Rodenbach

Le Miroir du ciel natal, 1898


              III


Ah ! ces grâces du blanc qui ne durent qu’un jour !
 
Les Premières Communiantes s’angélisent ;
Leurs essaims ont neigé au seuil noir des églises
Qui atténuent l’ombre sur elles de la tour ;
Car tout leur tulle est si sensitif, et leur voile,
Que c’est assez de l’ombre grise d’un clocher
Pour abolir leur joie et les effaroucher ;
(Une brume suffit pour que pleure une étoile.)

Ah ! ces grâces du blanc qui ne durent qu’à peine !
 
C’est la grâce des fleurs d’avril dans les vergers ;
On dirait un concile, au milieu de la plaine,
De vierges frissonnant sous des tulles légers ;
Le vent joue et chantonne ; il croit que c’est dimanche,
À voir dans les vergers, comme assises en rond,
Toutes ces floraisons d’arbres en robes blanches.
 
Ah ! ces grâces du blanc qui tôt se faneront !
 
C’est la grâce de la brume sur un étang
Que le matin avait vêtu de mousseline,
Comme pour une approche aussi un peu divine ;
Éphémère parure, atours inconsistants...
Bientôt la brume cesse ; et l’eau qu’elle a quittée
S’apparaît solitaire et comme dénudée ;
Blanc vêtement qu’était pour elle le brouillard,
Le voici qui déjà s’envole, s’effiloche
Et va finir où finissent les sons de cloche...
 
Ah ! ces grâces du blanc, brèves comme un départ !
 
C’est la brièveté, sur les vitres, du givre
Ne durant que le temps d’une nuit de Noël,
Frêle bouquet captif, impatient du ciel,
Que vite le matin, plein de soleil, délivre.
 

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