Rodenbach

La Jeunesse blanche, 1886


L’Eau qui parle


 
Quand le poète las s’est enivré de vin
Pour échapper un soir à son tourment divin,
Et qu’il va seul, le long des quais couverts de câbles,
Écouter l’eau qui parle en humides vocables,
Le fleuve s’allongeant est comme un corps épris
De femme qui le veut pour amant à tout prix ;
Car l’eau sombre, où le ciel étoilé se reflète,
Semble avoir fait pour lui sa nocturne toilette,
Enroulant à son cou les astres par milliers
Comme d’étincelants et somptueux colliers ;
Et les rayons de lune ouverts en chevelure
Épandent sur son lit leur vivante brûlure
Où le croissant s’enfonce ainsi qu’un peigne d’or,
Et telle elle apparaît dans le soir qui s’endort,
Grande Prostituée aux formes désirables,
Dont la couche s’entrouvre à tous les misérables :
Va-nu-pieds, loqueteux, ivrognes, débauchés,
Filles-mères portant le poids de leurs péchés,
Assassins qui s’en vont vers sa froideur qui bouge
Dans l’espoir d’y laver leurs taches de sang rouge,
Artistes dédaignés aux tragiques profils
Dont un coup de folie a mêlé tous les fils
Qui tournent dans la tête aux fuseaux blancs du rêve.
Tous elle les attire, elle les veut, sans trêve !
Encor ! Toujours ! Encor ! Des amants ! Des amants !
Et, fausse, elle leur fait de sensuels serments
Qu’ils s’en iront bien loin, ses amoureux cadavres,
Voyager dans les mers, dans les ports, dans les havres,
Sentant des baisers froids — si froids qu’ils brûleront —
Passer toujours sur eux, sur leur bouche et leur front ;
Et l’eau pour les avoir dans sa couche profonde
Entrebâille soudain, comme un peignoir, son onde
À tous les douloureux, à tous les détraqués,
Et leur tend les grands bras de pierre de ses quais !
 

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