Rodenbach

La Jeunesse blanche, 1886


Les Cloches


 
Je songe à d’anciens soirs lorsque le vent du nord
Sonnait du haut des tours tel qu’un veilleur qui corne,
Et couvrait de brouillard le soleil jaune et morne
Comme d’un blanc suaire un visage de mort.
 
L’air était glacial ; on sentait les approches
De l’automne où s’en vont les feuilles dans le vent ;
Et, pareille aux clameurs d’oiseaux se poursuivant,
On entendait passer la voix d’airain des cloches.
 
L’une disait : « Tes sœurs, voilà déjà quinze ans,
Sont mortes ; leurs tombeaux n’ont plus de roses neuves. »
Une autre gémissait : « Priez pour quatre veuves ;
Hier quatre marins sont morts sur les brisants ! »
 
Une autre encor disait : « On vient d’abattre l’arbre
Dont le bois doit servir à faire ton cercueil. »
Puis une autre : « Vivants, pourquoi tout cet orgueil ?
La chair est une argile et les cœurs sont du marbre. »
 
Une cloche pleurait dans l’air endolori :
« Il aimait une femme aussi fausse qu’impure ;
Mais elle avait grand air dans son col de guipure.
Un soir, il se tua pour elle. Elle en a ri !... »
 
Une petite cloche au travers de la brume
Chantait : « Les enfants morts sont très heureux ; et j’ai
Le soupçon qu’au printemps, quand ils ont voyagé,
Leurs âmes ont l’odeur dont le vent se parfume. »
 
D’autres disaient encore : « Oh ! les cœurs transpercés,
Les âmes se cherchant en fuites éternelles !... »
Et ces rumeurs, comme un appel de sentinelles,
Montaient lugubrement des clochers dispersés !
 
Les derniers carillons dans le vent froid qui passe
Faisaient un bruit de clés énormes, comme si
Un noir geôlier marchait au fond du ciel transi
Pour s’en aller fermer les portes de l’Espace !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 26 juin 2013 à 10h30


Le vent des steppes du nord
Crie comme une bête à cornes ;
Au coeur des villages mornes,
Rien ne bouge, tout est mort.

On sent que la nuit approche,
Progressant contre le vent ;
Les feuilles se poursuivant
Volent dans le son des cloches

C’est comme ça tous les ans.
La vie, de moins en moins neuve,
Fait des orphelins, des veuves,
Et les coeurs se vont brisant.

Le bois mort tombe des arbres,
Le défunt, dans son cercueil
Abandonne tout orgueil,
Sa mort le laisse de marbre.
 
Pour les vivants, le temps passe
Et disparaît, comme si
L’on se retrouvait transi
D’avoir habité l’espace.

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Соrbièrе : Lе Сrаpаud

Соrbièrе : Lе Сrаpаud

Riсhеpin : Βеrсеusе

Dеrèmе : «Ρuisquе је suis аssis sоus се pin vеrt еt sоmbrе...»

Соppéе : «Quеlquеfоis tu mе prеnds lеs mаins еt tu lеs sеrrеs...»

Τоulеt : Éléphаnt dе Ρаris.

Μаllаrmé : «Quаnd l’оmbrе mеnаçа dе lа fаtаlе lоi...»

Riсtus : Βеrсеusе pоur un Ρаs-dе-Сhаnсе

Klingsоr : À lа сhаndеllе

Τоulеt : «С’étаit sur un сhеmin сrауеuх...»

Lа Fоntаinе : «Αimоns, fоutоns, се sоnt plаisirs...»

Μаrоt : Αnnе, pаr јеu, mе јеtа dе lа nеigе

☆ ☆ ☆ ☆

Dеlillе : Vеrs fаits dаns lе јаrdin dе mаdаmе dе Ρ...

Τоulеt : «Lе соuсоu сhаntе аu bоis qui dоrt....»

Τоulеt : «Τrоttоir dе l’Élуsé’-Ρаlасе...»

Gill : Lе Ρаillаssоn

Gill : Εхhоrtаtiоn

Gill : Lа Lеvrеttе еt lе gаmin

Μаеtеrlinсk : «Ιls оnt tué trоis pеtitеs fillеs...»

Rоllinаt : Βаlzас

Μаrоt : Sur quеlquеs mаuvаisеs mаnièrеs dе pаrlеr

Соppéе : «Εn plеin sоlеil, lе lоng du сhеmin dе hаlаgе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur Âmе dе nuit (Μаеtеrlinсk)

De Сосhоnfuсius sur «Τristе еt hidеuх fаntômе, еffrоуаblе figurе...» (***)

De Jаdis sur Τrоp tаrd (Sullу Ρrudhоmmе)

De Εsprit dе сеllе sur Sur lе présеnt d’un vаsе dе сristаl (Βеrtаut)

De Сосhоnfuсius sur «Соmmе un nаvirе еn mеr аu fоrt dе lа tоurmеntе...» (Fiеfmеlin)

De Jаdis sur Τоmbеаu : «Lе nоir rос соurrоuсé quе lа bisе lе rоulе...» (Μаllаrmé)

De Сосhоnfuсius sur Νuit blаnсhе (Sаmаin)

De Сhristiаn sur Un јеunе pоètе pеnsе à sа biеn-аiméе qui hаbitе dе l’аutrе сôté du flеuvе (Βlémоnt)

De Сhristiаn sur Οrаisоn du sоir (Rimbаud)

De Vinсеnt sur «Jе nе vеuх plus, Ρаillеur, mе rоmprе tаnt lа têtе...» (Viоn Dаlibrау)

De Сriсtuе sur «Vоs сélеstеs bеаutés, Dаmе, rеndеz аuх сiеuх...» (Μаgnу)

De Сriсtuе sur Lе Βruit dе l’еаu (Rоllinаt)

De Vinсеnt sur Lе Rоsе (Gаutiеr)

De Сriсtus sur «Gоrdеs, quе fеrоns-nоus ? Αurоns-nоus pоint lа pаiх ?...» (Μаgnу)

De Vinсеnt sur Lеs Саrmélitеs (Νеlligаn)

De Εsprit dе сеllе sur «Dès quе се Diеu...» (Jоdеllе)

De Vinсеnt sur Lе Dоrmеur du vаl (Rimbаud)

De Sаint Τripоdе sur Lеs Litаniеs dе Sаtаn (Βаudеlаirе)

De Εхасt pоdе sur Lа Rоsе (Αсkеrmаnn)

De Εsprit dе сеllе sur «Lе sоn du соr s’аffligе vеrs lеs bоis...» (Vеrlаinе)

De Сurаrе- sur «Jе nе sаis соmmеnt је durе...» (Ρizаn)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе