Rodenbach

Le Règne du Silence, 1891


XI

 


Les cloches des dolents dimanches sont des gloses
Élucidant le cas des choses inécloses,
De ce qui fut naguère et qui n’a pas duré :
Raisin qui s’évapore aussitôt pressuré ;
Étang qui se dessèche en un beau paysage ;
Voix des enfants de chœur qui sont morts en bas âge
Et dont nous retrouvons dans les blancs angélus
Les soprani filant leurs sons irrésolus...
 
Les cloches ont la voix des choses démodées ;
Bonnes cloches du soir qui sont inféodées
Aux meilleurs souvenirs d’enfance et de regret :
Car en les entendant, les vieilles cloches noires,
— Bruit d’airain, grincement de serrure — on dirait
Que se sont, dans le ciel, rouvertes les armoires
Où dorment, sans emploi, nos layettes d’enfant
Dont le beau linge, à lents coups de cloches, se fend
Puis s’envole, vidé de gestes, blancs mélanges...
Et j’écoute sur moi la chute de mes langes !
 
Combien d’autres rappels des choses d’autrefois :
Des couronnes de sons sur d’anciens convois
De morts qu’on oubliait et qu’on se remémore ;
Et ces effeuillements vagues dans l’air sonore !
Vieilles cloches vidant leurs corbeilles de fer
D’où tombe un buis d’antan aux branchettes fanées,
Le buis bénit d’un temps pascal lointain et cher...
Et je recueille en moi le buis mort des Années !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 13 avril 2014 à 11h30

Cathédrale
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Aux cloches de chez nous, n’apportons nulle glose :
Que notre pensée soit en nos coeurs inéclose,
Peu importe, vraiment, tout ce que l’on dirait,
Que ce soit nostalgie, ou que ce soit regret.

Qui voudrait gaspiller cette belle encre noire ?
Laisse donc l’encrier dans le fond de l’armoire,
Je veux choisir plutôt les crayons de couleur
Pour dessiner un monde où n’est point de malheur.

Les longs rameaux de buis reviennent, cette année,
Offrir une magie assez vite fanée ;
Dans la cloche d’airain cogne un battant de fer,
Certes, ce jour est gris, mais il n’est point amer.

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