Rodenbach

La Jeunesse blanche, 1886


Péché


 
 

I


 
Péché ! Tentation du soir ! Chairs profanées,
Lampe éteinte où ne brûle aucun reste de feu
Lèvres ne sachant plus les douceurs de l’aveu,
Et s’effeuillant pour tous comme des fleurs fanées.

Chambres de volupté, rouge et flambant décor
Dont les miroirs profonds redisent la féerie,
Alcôves où la chair lamentable et fleurie
Offre son plaisir rose et nu sur des fonds d’or.

Ô baume du péché ! courtisanes menteuses,
Muses des soirs mauvais, versant des élixirs
Qui sont des entremetteurs d’amour et de désirs
Et du champagne blond aux mousses chuchoteuses.

Douceur des seins s’offrant comme un coussin moelleux
Où reposer sa tête endolorie et pâle
Quand l’ivresse, à travers les vins couleur d’opale,
Fait surgir des lits d’or sous de grands rideaux bleux.

Et vers ces lits profonds, baignés d’odeur légère,
On marche, halluciné par des fantômes nus,
Et l’on va demandé, dans des bras inconnus,
La minute d’oubli d’une mort passagère !

Oh ! dormir ! oublier tout ce qui peut mentir !
Les lèvres et les yeux, amante ou fiancée !
Etouffer les coups d’ailes aux murs de sa pensée
Et clamer peu à peu la douleur de sentir.

C’est comme qui dirait une agonie heureuse !
On divague, on s’endort dans un énervement
Et les choses au loin flottent confusément
Dans l’aube du sommeil fragile et vaporeuse !

Et vaincu, tout un soir dans l’ombre, sans flambeau,
On enlace une chair que le spasme importune,
Triste comme les morts caressant sous la lune
L’ange de marbre blanc couché sur leur tombeau !
 
 
 

II


 
Mais quel retour navré dans le matin vermeil
Avec le grand dégoût d’une nuit de débauche,
Quand, parmi les rumeurs du plein jour qui s’ébauche,
L’âme aussi s’ensanglante aux flèches du soleil !

On va comme un voleur qui s’esquive et se sauve
Ne regardant personne et longeant les murs gris ;
On sent encor sur soi de la poudre de riz,
Et le reste obsédant des senteurs de l’alcôve.

Il semble que l’on épande un odeur de péchés !
Et dans le brouillard pâle où meurent les lanternes,
Les passants matineux plaquent des ombres ternes
Comme des remords noirs au cœur des débauchés.
 
Et dans l’éloignement, sous les lueurs accrues
Qui percent peu à peu l’horizon morne et lourd,
Les premiers omnibus avec un fracas sourd
Passent en cahotant le silence des rues.
 
Et machinalement, par un instinct secret,
On va vers les maisons des cruelles amantes
Dont les volets fermés ont des douceurs calmantes
Et la honte n’est plus qu’un douloureux regret.
 
On leur fait, sans les voir, des gestes de reproches
Avec l’espoir prochain d’un amour partagé
Tandis que tout là-bas, dans le ciel affligé,
S’adoucit par degrés la tristesse des cloches !
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Μаuсlаir : Légеndе : «Ιls l’оnt сlоuéе pаr lеs mаins...»

Vеrlаinе : Соllоquе sеntimеntаl

Βаnvillе : «Sсulptеur, сhеrсhе аvес sоin...»

Siеfеrt : Rêvеs, аnхiétés, sоupirs

Sаtiе : Lе Ρiсniс

Νеrvаl : Ρоlitiquе

Viviеn : Εllе pаssе

Viviеn : Sоis Fеmmе...

Gérаrd : Lеs Саnаrds

Lесоntе dе Lislе : Ιn ехсеlsis

☆ ☆ ☆ ☆

Lаutréаmоnt : «Jе сhеrсhаis unе âmе qui mе rеssеmblât...»

Βаudеlаirе : Lа Vоiх

Frаnс-Νоhаin : Sоlliсitudеs

Sullу Ρrudhоmmе : Lеs Сhаînеs

Vеrlаinе : À Μоnsiеur еt Μаdаmе Τ.

Fаnсhу : Αllоns аu bоis

Rоllinаt : Lе Соnvоi funèbrе

Jаmmеs : Dаns l’аubеrgе fumеusе...

Αpоllinаirе : Εnfаnсе

Sаmаin : Lе Rеpаs prépаré

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt mоrnе (Riсhеpin)

De Сосhоnfuсius sur Lа Ρrièrе d’un Ρаïеn (Βаudеlаirе)

De Сосhоnfuсius sur Lе Sоir sur l’еаu (Βеrtrаnd)

De Сurаrе- sur Сirсоnspесtiоn (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Sоlitudе (Siеfеrt)

De Сurаrе- sur Τhérаpеutiquе (Μénаrd)

De Jаdis sur Соmpаrаisоn du Ρhéniх (Jаmуn)

De Jаdis sur Stаnсеs sur mоn јаrdin dе Βоuсhеrvillе (Quеsnеl)

De Εsprit dе сеllе sur Ρоur un аmi (Sаintе-Βеuvе)

De Lеwis Ρ. Shаnks sur Lе Μаuvаis Μоinе (Βаudеlаirе)

De Τhundеrbird sur L’Éсlаtаntе viсtоirе dе Sаrrеbruсk (Rimbаud)

De Сurаrе- sur «Εllе а bеаuсоup dе l’аir d’unе аntiquе mаrоttе...» (Sigоgnе)

De Vinсеnt sur «Соmmе un соrps féminin...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Élеvеur sur Sоnnеt : «Ιl у а dеs mоmеnts оù lеs fеmmеs sоnt flеurs...» (Сrоs)

De Quеlсаin sur «Dаphné sе vit еn lаuriеr соnvеrtiе...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Ρlutоrquе sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Εsprit dе сеllе sur «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...» (Viаu)

De Τh. dе Viаu sur Lеs trоis hуmnеs primitifs (Sеgаlеn)

De Сосhоnnе Furius sur Sоnnеt : «J’аi pеur dе lа fеmmе qui dоrt...» (Сrоs)

De сindrеl sur Βаllаdе dе l’аrbrе d’аmоur (Сhаrtiеr)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе