Rollinat

Les Névroses, 1883


La Torture


 
Mon crâne est un fourneau d’où la flamme déborde :
Martyre opiniâtre et lent comme un remords !
Et je sens dans mes os l’épouvantable horde
Des névroses de feu qui galopent sans mors.
 
Comme un vaisseau brisé, sans espoir qu’il aborde,
Mon cœur va s’enfonçant dans le gouffre des morts,
Loin du passé qui raille et que le regret borde ;
Et je grince en serrant mes deux poings que je mords !
 
Je prends un pistolet. Horreur ! ma main le lâche,
Et la peur du néant rend mon âme si lâche,
Que pour me sentir vivre, — oh ! l’immortalité !
 
Je me livre en pâture aux ventouses des filles !
Mais, raffinant alors sa tortuosité,
La Fièvre tourne en moi ses plus creusantes vrilles.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 7 mai 2018 à 12h30

Livre captivant
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J’ouvre ce petit livre, et la flamme en déborde.
Au labeur quotidien j’échappe sans remords ;
Mon esprit vagabond avec l’auteur s’accorde
Pour rire et pour danser, Rabelais n’est pas mort.

Je vois des marins fous qui des îles abordent,
Un fier naturaliste aux îles de Timor,
Un atoll merveilleux que de noirs récifs bordent
Où nage le requin, prends garde, s’il te mord.

Le livre reste ici sans que ma main le lâche,
J’y vois des combattants parfois forts, parfois lâches,
Et Merlin qui s’enquiert de l’immortalité.

Je me livre en pâture au sourire des filles,
Surtout celles qui sont sans tortuosité ;
J’arrête cet écrit, je sens qu’il part en vrille.

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