Rollinat

Les Névroses, 1883


Le Somnambule


 

À Gustave Coquelin.


Le chapeau sur la tête et la canne à la main,
Serrant dans un frac noir sa rigide ossature,
Il allait et venait au bord de la toiture,
D’un air automatique et d’un pas surhumain.
 
Singulier promeneur, spectre et caricature,
Sans cesse, il refaisait son terrible chemin.
Sur le ciel orageux, couleur de parchemin,
Il dessinait sa haute et funèbre stature.
 
Soudain, à la lueur d’un éclair infernal,
Comme il frisait le vide en rasant le chenal
Avec le pied danseur et vif d’un funambule,
 
L’horreur emplit mon être et figea tout mon sang,
Car un grand chat d’ébène hydrophobe et grinçant
Venait de réveiller le monsieur Somnambule.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 21 juin 2014 à 11h03

Monde vu du bord du toit
----------------------------------

Tu tiens ton appareil dans ta petite main
Et tu prends la photo de ces architectures
Où l’on distingue un peu de ta frêle stature ;
Hauteur du gratte-ciel, vertige de l’humain.

C’est oeuvre réaliste, et non caricature.
Tu montres tes orteils, qui ont fait tel chemin,
Les immeubles surgis du jour au lendemain
Et les étroits rebords où ton pied s’aventure.

Images que l’on voit au détour d’un journal,
Ou d’un forum, d’un blog, ou tout autre canal,
Munies de descriptions et autres commentaires :

Les uns se demandant si c’est intéressant,
Et d’autres si les toits ne sont pas trop glissants ;
Or, moi, je t’applaudis, photographe-acrotère !

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 23 juin 2015 à 13h56

Sagesse des vivants
-----------------------

L’oiseau du ciel d’azur ne songe au lendemain,
De ce jour, seulement, il cherche la pâture.
Les poètes, parfois, ont semblable nature,
Ne sachant planifier, comme d’autres humains.

L’ours du firmament d’or s’auto-caricature ;
Il parcourt en glissant le dangereux chemin
Qui dévale des monts, sans s’écorcher les mains,
Ce plantigrade exhibe un esprit d’aventure.

De gueules, l’inframonde, un séjour infernal,
Abrite le roi d’or, le plus noble animal,
Sur lui, je ne ferai le moindre commentaire.

Moi, je vis en un lieu bien moins intéressant,
Ni par les cieux volant, ni par les monts glissant,
Savourant le bonheur d’avoir les pieds sur terre.

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