Rollinat

Les Apparitions, 1896


Les Choses


 
Non ! Ce n’est pas toujours le vent
Qui fait bouger l’herbe ou la feuille,
Et quand le zéphyr se recueille,
Plus d’un épi tremble souvent.
 
Soufflant le parfum qu’elle couve,
Suant le poison sécrété,
La fleur bâille à la volupté,
Et dit le désir qu’elle éprouve.
 
Certaines donnent le vertige
Par le monstrueux de leur air,
Engloutissent, pompent la chair,
Sont des gueules sur une tige.
 
L’eau rampe comme le nuage
Ou se darde comme l’éclair,
Faisant triste ou gai, terne ou clair
Sa rumeur ou son babillage.
 
Sans tous les jeux de la lumière,
Sans les ombres et les reflets,
Les rochers gris et violets
Se posturent à leur manière.
 
Tel pleure dans sa somnolence,
Un autre, sec comme le bois,
Aura cette espèce de voix
Qui fait marmonner le silence.
 
L’âme parcourt comme la sève
Les objets les plus abîmés
Dans la mort, — ils sont animés
Pour tous les organes du rêve :
 
Pour ceux-ci, l’exigu, l’énorme
Existent par le frôlement,
La couleur, le bruissement,
Par la senteur et par la forme.
 
Nous pensons que les choses vivent...
C’est pourquoi nous les redoutons.
Il est des soirs où nous sentons
Qu’elles nous parlent et nous suivent.
 
Par elles les temps nous reviennent,
Elles retracent l’effacé,
Et racontent l’obscur passé
Comme des vieux qui se souviennent.
 
Elles dégagent pour notre âme
Du soupçon ou de la pitié,
Paix, antipathie, amitié,
Du contentement ou du blâme.
 
À nos peines, à nos délices,
Participant à leur façon,
Suivant nos actes, elles sont
Des ennemis ou des complices.
 
Chacune, simple ou nuancée,
Émet de sa construction
Une signification
Qui s’inflige à notre pensée.
 
Plus d’une, à force de confire
En tête à tête avec le deuil
Prend la figure du cercueil
Et de la Mort pour ainsi dire.
 
Comme une autre, usuel témoin
D’une allégresse coutumière,
Met du rire et de la lumière,
De l’hilarité dans son coin.
 
Les saules pleureurs se roidissent
Dans l’éplorement infini,
La branche d’orme vous bénit,
Les bras des vieux chênes maudissent.
 
L’une a l’allure prophétesse,
Une autre exprime du tourment ;
Toutes rendent le sentiment
De la joie ou de la tristesse.
 
Celle-là que maigrit, allonge,
La crépusculaire vapeur,
Revêt le hideux de la peur
Et le fantastique du songe.
 
L’assassin voit la nue en marbre
S’ensanglanter sur son chemin,
Et la hache grince à la main
Qui lui fait massacrer un arbre.
 
Souvent, l’aube lancine et froisse
Le remords avec sa fraîcheur,
Et la neige avec sa blancheur
Épand des ténèbres d’angoisse.
 
Si par son aspect telle chose
Toutes les fois ne nous dit rien,
À chaque rencontre d’où vient
Que notre œil l’évite ou s’y pose ?...
 
Notre intelligence retorse
Déshonore leur don brutal
En prêtant son savoir du mal
À ces aveugles de la force.
 
Hélas ! pour combien d’entre celles
Qui sont barbares par destin,
L’homme n’a qu’un but qu’il atteint :
Les rendre encore plus cruelles !
 
Que ce sentiment vienne d’elles
Ou leur soit supposé par nous,
On leur trouve un semblant jaloux
Quand nous leur sommes infidèles.
 
On le sent : comme à l’innocence
On leur doit pudeur et respect,
Et l’on offense leur aspect
Par la débauche et la licence.
 
L’âme habite bloc et poussière :
Toute forme d’inanimé.
Son frisson y bat renfermé
Comme le cœur de la matière.
 
Et, de leur air doux ou farouche,
Indifférent ou curieux,
Semblant nous regarder sans yeux,
Et nous interpeller sans bouche,
 
Comme nous, ces sœurs en mystère,
En horreur, en fatalité,
Reflètent pour l’éternité
L’ennui du ciel et de la terre.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Νоuvеаu : Lе Ρеignе

Νаdаud : Viеillе histоirе

Τоulеt : «Gérоntе d’unе аutrе Ιsаbеllе...»

Сrоs : Sоnnеt : «Jе sаis fаirе dеs vеrs pеrpétuеls. Lеs hоmmеs...»

Jоdеllе : «Dеs аstrеs, dеs fоrêts, еt d’Αсhérоn l’hоnnеur...»

Сrоs : Сuеillеttе

Hеnri dе Régniеr

Viоn Dаlibrау : «Αimе, si tu lе vеuх, је nе l’еmpêсhе pаs...»

Lа Fоntаinе : Ρаrоlе dе Sосrаtе

Lаfоrguе : Μéditаtiоn grisâtrе

☆ ☆ ☆ ☆

Guérin : «Αh ! Sеignеur, Diеu dеs сœurs rоbustеs, répоndеz !...»

Du Βеllау : «Frаnсе, mèrе dеs аrts, dеs аrmеs еt dеs lоis...»

Βаudеlаirе : Lа Fаussе Μоnnаiе

Сhаlupt : Lе Βасhеliеr dе Sаlаmаnquе

Fréсhеttе : Νоvеmbrе

Νеlligаn : Lе Τоmbеаu dе lа négrеssе

Сrоs : Dеstinéе

Τоulеt : Épitаphе.

Lаmаrtinе : L’Ιmmоrtаlité

Glаtignу : «Lа tаblе étinсеlаit. Un tаs dе bоnnеs сhоsеs...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Frаnсе, mèrе dеs аrts, dеs аrmеs еt dеs lоis...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Jе suis lе tristе Οisеаu dе lа nuit sоlitаirе...» (Lа Rоquе)

De Сосhоnfuсius sur «Qui соntеmplе lе Сiеl...» (Grévin)

De Jаdis sur «Αmis, un dеrniеr mоt ! — еt је fеrmе à јаmаis...» (Hugо)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Jе sаis fаirе dеs vеrs pеrpétuеls. Lеs hоmmеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur «Οù dоnс еst lе bоnhеur ?...» (Hugо)

De Сurаrе- sur À un sоt аbbé dе quаlité (Sаint-Ρаvin)

De Τristаn Βеrnаrd sur Lеs Соnquérаnts (Hеrеdiа)

De Lа Μusérаntе sur Sоnnеt dе Ρоrсеlаinе (Viviеn)

De Dаmе dе flаmmе sur «Du tristе сœur vоudrаis lа flаmmе étеindrе...» (Sаint-Gеlаis)

De Сurаrе- sur «С’еst оrеs, mоn Vinеus, mоn сhеr Vinеus, с’еst оrе...» (Du Βеllау)

De Сurаrе- sur Lа Ρеtitе Ruе silеnсiеusе (Fоrt)

De Dаmе dе flаmmе sur «Τоi qui trоublеs lа pаiх dеs nоnсhаlаntеs еаuх...» (Βеrnаrd)

De Xi’аn sur Μirlitоn (Соrbièrе)

De Xi’аn sur «Αimеz-vоus l’оdеur viеillе...» (Μilоsz)

De krm sur Vеrlаinе

De Сurаrе= sur Οisеаuх dе pаssаgе (Riсhеpin)

De Wеb-dеvеlоppеur sur «Ιl n’еst riеn dе si bеаu соmmе Саlistе еst bеllе...» (Μаlhеrbе)

De Xi’аn sur Lе Gigоt (Ρоnсhоn)

De Xiаn sur À sоn lесtеur : «Lе vоilà сеt аutеur qui sаit pinсеr еt rirе...» (Dubоs)

De Ιо Kаnааn sur «Μаîtrеssе, quаnd је pеnsе аuх trаvеrsеs d’Αmоur...» (Rоnsаrd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе