Jules Romains

La Vie unanime, 1908


Fin


 
Je me suis étendu sur mon lit. J’ai la fièvre.
Je sens les battements de mon cœur sur mes yeux.
Ma tête a chaud. Mes mains se croient pleines de cendres.
Je ne me souviens pas d’avoir été poète.
 
Ce ne sont pas mes doigts qui ont écrit le livre ;
Je n’ai qu’une âme pauvre et qui voudrait pleurer ;
Mon corps fermente et ne sait rien contre son lit ;
Rien n’est jamais venu de la ville vers lui.
 
Qu’est-ce que j’ai rêvé, et qu’est-ce que j’ai dit ?
 
Est-ce bien vrai que des forces mystérieuses
Hier encore accouraient et s’étreignaient en moi ?
Est-ce moi le passant qui debout sur la ville
Rassemblait dans ses poings la conscience des dieux ?
 
Je suis si peu ce soir. Je ne suis rien que moi,
Rien que mon corps fiévreux qui s’effraye et qui sue ;
Ce n’est pas moi qui ai pensé toutes les rues ;
Mon souffle n’a pas incliné les fumées noires
 
J’ai l’âme trop collée au sol et trop étroite ;
En se baissant, l’amour n’y pourrait pas entrer.
Est-ce vrai qu’elle fut une tente sacrée,
Et que les dieux futurs ont dormi sous ses toiles ?
 
 


 
Mais je n’ai plus la fièvre, et je me mets debout.
Car je me suis souvenu de toi, tout à coup,
            Nébuleuse des chiens de chasse.
 
 


 
Tu vibres dans le ciel, recourbée en ressort,
Autour de ton pivot où les flammes pourrissent,
Et qui bombe comme un furoncle sur le vide.
 
Écume de l’éther qui êé fige et se tord,
On dirait qne c’est toi la jeunesse du monde,
Toi sa bouche bavant sur la bride, et sa langue
            Roulée autour du mors.
 
Tu es la femme nue qui peigne ses cheveux,
Le dos arqué, les mollets gonflés, la crinière
Qui croule et que le vent jette contre ses cuisses.
 
Tu sembles te tasser et te crisper en boule
Sur un sol que tu tiendrais par toutes ses herbes,
Pour le lâcher en te dénouant, et bondir.
 
Tu calcules depuis des siècles un élan ;
Tu ne te trouves pas une force assez dense ;
Tu te replies encore et te contractes mieux

[...]

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