Jules Romains

La Vie unanime, 1908



Unanime, je t’aime.


Une grande ferveur m’imprègne et me consacre ;
L’air nerveux de la rue aide mes mouvements ;
Je vais sur le trottoir, tandis que, longuement,
La ville me caresse avec un bruit de fiacre.
 
Le ruisseau qui s’appuie au bord de la chaussée
Renferme plus de ciel et d’astres que nos yeux.
Quels que soient les sursauts d’une chair, j’aime mieux
Un seul tressaillement de foule condensée.
 
N’importe quoi me charme ici. Rien ne m’indigne.
Le souffle d’un cheval m’arrive sur le cou.
J’évite, haletant, les omnibus. Le bout
D’un fouet glisse devant mes paupières qui clignent.
 
Je frôle la lueur des globes électriques
Plus douce que les joues où poussent des poils blonds.
Ma volupté se calme et s’exalte, selon
Qu’il fait nuit ou qu’il fait soleil dans les boutiques.
 
Le trottoir, altéré d’action, me soutire,
Quand j’y pose le pied, de la force et du sang ;
C’est un bonheur d’aller sur l’asphalte épuisant.
Abandonnée au goût sensuel du martyre.
 
Ma personne veut qu’on la froisse et la bouscule.
Les grincements d’essieu sont de l’amour aigu.
Je ne me souviens pas d’avoir jamais vécu,
Et d’être plus ancien que ce chaud crépuscule
 
Où les yeux ne voient pas de formes séparées,
Où l’on ne pense à rien qui ne semble total.
Chaque chose en prolonge une autre. Le métal
Des rails, et les carreaux éblouis ; les entrées
 
De maisons ; les passants, les chevaux, les voitures
Se rejoignent entre eux et rejoignent mon corps ;
Nous sommes indistincts ; chacun de nous est mort ;
Et la vie unanime est notre sépulture.
 
Tassés les uns contre les autres, pêle-mêle,
Cadavres amoureux qu’une douceur emplit,
Voilà que nous tombons de sommeil et d’oubli
Dans les bras de la ville uniquement réelle.
 

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