Saint-Pol-Roux

La Rose et les épines du chemin, 1901


Les Vieilles du Hameau


 

                                         
À ma  fille  Divine.

L’une après l’autre elles s’en vont les bonnes vieilles au fuseau, l’une après l’autre elles s’en vont toutes les vieilles du hameau.

 

Tu ne reverras plus tante Marie ni tante Lise, ô ma Divine, ni tant d’autres en coiffe blanche du dimanche ou bien en penn-du de laine de la semaine, tu ne reverras plus ces mères-grand au long châle de deuil qui souriaient à ta chair de féerie sur le seuil après avoir, grêles marraines au dos de cerceau, souri sur les gazouillements premiers de ton berceau d’osier, tu ne reverras plus ces candides anciennes que derrière la pesante croix d’argent viennent d’emporter au cimetière entre des planches quatre braves gens. Elles avaient une âme douce de brebis ces aïeulettes du pays qui t’apportaient du lait, du miel, des œufs, le fars des fêtes, le gâteau de la grand’messe, le bouquet de la Saint-Pierre et le bouquet de la Saint-Jean, et t’élevaient parmi leurs bras de vieille vigne pour à l’aurore de tes joues baiser de l’espérance et cueillir de la vie. Tu ne les reverras plus, mignonne, mais elles hanteront à l’infini le pré béni de ta mémoire, tirant par l’attache la vache qui fut leur fortune avec le champ de pommes et le champ de blé noir dont on fait le gros pain rond à pâte brune. À la longue malingres comme des jouets, elles s’en sont allées, mères de gas éparpillés sur les mers jaune, blanche, rouge, noire, bleue, elles s’en sont allées dans un hoquet, tuées par quelque bise et lestées d’une hostie, elles s’en sont allées sans le baiser de leurs petits, dans un linceul de toile bise, elles s’en sont allées vers le bon Dieu qui leur a mis des ailes aux épaules et puis des robes d’or et puis des doigts tout roses pour jouer de la lyre en dansant sur la lande aux étoiles, fleurs d’ajonc des cieux.

 

L’une après l’autre elles s’en vont les bonnes vieilles au fuseau, l’une après l’autre elles s’en vont toutes les vieilles du hameau.


(Pendant l’enterrement de tante Lise : hameau de Lanvernazal en Roscanvel,
23 mai 1900.)


Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Μаrоt : Du pаssеrеаu dе lа јеunе Μаupаs

Vеrlаinе : «Si tu nе mоurus pаs еntrе mеs brаs...»

Gilkin : Lе Μаuvаis Jаrdiniеr

Μоrаnd : Lа Ρlаquе indiсаtriсе

Νаdаud : Lа Gаrоnnе

☆ ☆ ☆ ☆

Gilkin : Lе Μаuvаis Jаrdiniеr

Vеrmеrsсh : Lе Sоnnеt à l’аbsinthе

Μоrаnd : Ρауsаgе еn pâtе dе riz

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De Βеаudеlаirе sur Βаudеlаirе

De Lе Gаrdiеn sur Virgilе (Βrizеuх)

De Jаdis sur Сrépusсulе (Соppéе)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

De Rigаult sur Αgénоr Αltаrосhе

De Jоël Gауrаud sur Αvе, dеа ; Μоriturus tе sаlutаt (Hugо)

De Huguеs Dеlоrmе sur Sоnnеt d’Αrt Vеrt (Gоudеzki)

De Un pоilu sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Lе соmiquе sur Μаdrigаl tristе (Βаudеlаirе)

De Сhаntесlеr sur «Sur mеs vingt аns, pur d’оffеnsе еt dе viсе...» (Rоnsаrd)

De Gеоrgеs sur À lа mémоirе dе Zulmа (Соrbièrе)

De Guillеmеttе. sur «Lе bеаu Ρrintеmps n’а pоint tаnt dе fеuillаgеs vеrts...» (Lа Сеppèdе)

De Guillаumе sur Αbаndоnnéе (Lоrrаin)

De Lа Μusérаntе sur Hоmmаgе : «Lе silеnсе déјà funèbrе d’unе mоirе...» (Μаllаrmé)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе