Saint-Amant

Œuvres, 1929


Sonnet sur des mots qui n’ont point de rime


 
Philis, je ne suis plus des rimeurs de ce siècle
Qui font pour un sonnet dix jours de cul de plomb
Et qui sont obligés d’en venir aux noms propres
Quand il leur faut rimer ou sur coiffe ou sur poil.
 
Je n’affecte jamais rime riche ni pauvre
De peur d’être contraint de suer comme un porc,
Et hais plus que la mort ceux dont l’âme est si faible
Que d’exercer un art qui fait qu’on meurt de froid.
 
Si je fais jamais vers, qu’on m’arrache les ongles,
Qu’on me traîne au gibet, que j’épouse une vieille,
Qu’au plus fort de l’été je languisse de soif,
 
Que tous les mardi-gras me soient autant de jeûnes,
Que je ne goûte vin non plus que fait le Turc,
Et qu’au fond de la mer on fasse mon sépulcre.
 



Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 29 septembre 2013 à 11h10


De ce siècle il retient le sourire d’Hélène.
Cul de plomb, il lui a tant écrit de sa main
(Au nom propre adressant ces plis de parchemin),
Ou sur poilants albums traçant des cantilènes.

Riche ni pauvre il n’est, il vit sa vie humaine
Comme un porc qui, nourri au fond d’un patelin,
Est si faible que son corps, objet de dédain,
Meurt de froid en allant s’abreuver aux fontaines.

Les ongles tout usés, le poil devenu gris,
Une vieille habitude est en place : il écrit.
De soif, de lassitude, on ne voit rien paraître .

De jeûne il fait hommage à sa Divinité.
Le Turc, heureusement, lui prépare un café ;
Sépulcre, encore un temps ! qu’il se fasse connaître.

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Déposé par Cochonfucius le 6 mai 2021 à 13h26

Le fond de l’air est frais
--------

Le gyrovague porte un vêtement de laine,
Il tient solidement son bâton dans sa main ;
Il ne désire point s’amuser en chemin,
Éole en ce printemps souffle une fraîche haleine.

Sans partir explorer des provinces lointaines,
Il voudrait changer d’air, voir d’autres patelins ;
Loin d’être cénobite, il n’est qu’un orphelin
Buvant du vin d’auberge ou de l’eau de fontaine.

Il sourit quand il voit les petits ânes gris
Ou les sombres corbeaux dont il aime le cri ;
Il est plein d’allégresse, ou s’efforce de l’être.

Aux feux des voyageurs il sait se réchauffer,
Qui fraternellement lui versent un café,
Eux pour qui tout le monde a les mêmes ancêtres.

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Déposé par Cochonfucius le 14 décembre 2021 à 12h27

Monstre totalement inoffensif
---------------

Vêtu modestement de sa toison de laine,
Il ne sait pas griffer ni mordiller les mains ;
Il avance, pensif, au long de grands chemins,
Puis il s’arrête un peu, c’est pour reprendre haleine.

Il n’est jamais parti vers des terres lointaines,
Il reste volontiers dans son cher patelin ;
Il raisonne assez bien, sans se croire malin,
Il rumine parfois des pensées incertaines.

Sous le fardeau des ans, ses poils deviennent gris,
Moins robuste est son corps et moins vif son esprit ;
Il est plein de sagesse, ou bien, il devrait l’être.

Une muse alanguie voudrait le réchauffer,
Ou, plus modestement, lui offrir un café ;
Mais elle n’ose pas le dire en toutes lettres.

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Déposé par Christian le 15 décembre 2021 à 12h31

Au lieu des mots essentiels
La piratée t’envoie des agaciels.
Le prophète sacrificiel
Est terne en absenciel
Et la dame du présidentiel
On se demande qui est-ce iel...
Ce monde est excrémentiel
Et l’autre trop résidenciel
Qui ont de trop grands potentiels,
De nos jours, de rimes à ciel.

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