Sainte-Beuve

Pensées d’Août



             
À Madame P.


Heureux, loin de Paris, d’errer en ce doux lieu,
Je venais de quitter le petit Bois des Dames,
Et m’écartant de l’Oise, où lavaient quelques femmes,
J’allais, gai villageois, léger, en sarrau bleu,
 
Chapeau de paille au front, du côté de Saint-Leu,
Quand soudain, me tournant vers le couchant en flammes,
Je vis par tout le pré des millions de trames,
Blancs fils de bonne Vierge aux longs réseaux de feu.
 
Des nappes du fin lin la terre était couverte,
Et les chaumes restants et les brins d’herbe verte
Semblaient un champ de lis subitement levé ;
 
— Des brebis, tout au loin, bondissaient, blonde écume ;
Et, moi dont l’œil se mouille et dont le front s’allume,
Tête nue, adorant, je récitai l’Ave.
 

                                         
Précy, 9 octobre.

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 13 avril 2021 à 13h31

Lion d’avril
---------

Le Roi des animaux, je crois qu’il se fait vieux,
Son corps bien fatigué ne séduit nulle dame ;
Mais toujours Cupidon s’amuse avec son âme,
Cet ange plaisantin, farceur parmi les dieux.

L"aronde et son amant qui traversent les cieux
Brûlent d’un même souffle et d’une même flamme ;
Mais du fauve le coeur n’est plus au mélodrame,
Dont trop froide est la cendre et disparu le feu.

D’un lourd humus sera la cendre recouverte,
Sur lequel, je le crois, l’herbe sera plus verte ;
Le cycle de la vie ne veut point s’achever.

L’âme n’est qu’un frisson, le corps est une écume,
Le feu consumera ce que noircit la plume ;
Ainsi parle un poète en allant s’abreuver.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 5 janvier 2025 à 14h35

Loin de Roncevaux
-----------------

J’ai pu quitter ce sombre lieu,
Sauvé par une noble dame ;
Ayant vu Roland rendre l’âme,
Elle lui fit de doux adieux.

Me voici donc sous d’autres cieux,
Brûlant d’une nouvelle flamme ;
Prêt pour affronter d’autres drames,
Toujours au service de Dieu.

Prêt pour de grandes découvertes ;
Mille routes me sont ouvertes,
Mon parcours n’est point achevé.

Puis je sombrerai dans l’écume ;
Un poète prendra sa plume
Et son chant pourra s’élever.

[Lien vers ce commentaire]

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