Louisa Siefert

Rayons perdus, 1868


Amour


 
Ô rêves de jeunesse, éblouissant mirage,
Qui vous arrachera de mon cœur éperdu ?
Qu’étaient donc ma raison, ma force, mon courage,
Qu’ils aient fui pour un mot dans la nuit entendu ?
 
Amour ! oh ! c’est bien toi dont j’ai senti la flamme,
Toi qui fais mon souci, toi qui fais mon effroi !
Ton souffle impérieux a passé sur mon âme ;
Je tremble, je supplie, oh ! que veux-tu de moi ?
 
Qu’on ne me parle plus d’aurore ou de rosée,
De chansons au matin, d’astres au firmament ;
Laissez-moi, par pitié, j’aime, je suis brisée,
Et j’ai tout oublié pour ce cruel tourment.
 
Mais quoi ! je pleure encor ? Oh ! l’amour, c’est la vie,
Le bien, le beau, le grand, la foi, la vérité ;
C’est Dieu même qui parle et soudain nous convie
À jouir tout vivants de l’immortalité !
 
Écoutez, écoutez : j’aime, je suis aimée,
Je puis vaincre la mort et braver l’inconnu ;
Mon ciel était obscur, mon âme était fermée ;
Voici : le jour s’est fait et l’amour est venu !
 

Juillet 18...

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 24 mai 2022 à 10h19


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Sur la plaine sans fin sanglotent les nuages,
L’eau grise réfléchit les saules distordus.
J’aurai d’ici ce soir achevé mon voyage :
C’est par un jour pareil qu’un canal s’est pendu.

Comment imaginer que mon cœur se renflamme ?
Pour qui, pour quoi ? Regarde, il est inerte et froid.
Au ciel navré dérive un vague idéogramme :
On dirait un visage, ou un chat siamois.

Ces gestes indécis, caresses non osées,
Leur souvenir m’étreint parfois violemment ;
Et la fortune, que j’avais tant méprisée,
Je le sais désormais, ne vient pas en dormant.

Les verres sont vidés, la table est desservie ;
Qu’ai-je manqué, en quoi ai-je démérité ?
Ombres sans profondeur, vous que j’ai poursuivies,
Vous m’avez laissé seul face à l’obscurité.

Je n’entends plus le chant des Îles Borromées ;
Me revoici, penaud, queue basse et le cul nu.
Leurres et vanités, chimères et fumées !
Avec le vent du nord, vois, je suis revenu.

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