Louisa Siefert

Rayons perdus, 1868


Aujourd’hui, hier, demain


 
 

AUJOURD’HUI.


 

I.


 
En larges nappes d’or la lumière s’épanche :
Le soir viendra bientôt, six heures ont sonné.
L’ouvrier se revêt de sa chemise blanche
Et lustre de la main son vieux chapeau fané.
 
Enfin, voilà le jour de fête, le dimanche !
Il peut sortir : il est haletant, surmené.
Il traîne un chariot fait d’une vieille planche,
Où chante, rit & dort son chétif dernier-né.
 
Les entants vont devant & la mère pâlie,
Triste, derrière eux tous, seule, vient quelquefois.
Quand cet homme est debout tout son corps tremble & plie.
 
Quand il s’assied, il presse entre ses maigres doigts
Son front fier, écrasé par la misère humaine...
C’est ainsi qu’il respire une heure par semaine.
 
 
 

HIER.


 

II.


 
Rose comme une fleur de pommier au printemps,
Sous son petit bonnet de batiste empesée,
Naïve, confiante & de tout amusée,
Les yeux toujours emplis de beaux regards contents,
 
La lèvre toujours prête aux rires éclatants
Qui s’envolent au ciel ainsi qu’une fusée,
L’apprentie à son tour passe sous ma croisée
Au bras de son promis, beau garçon de vingt ans !
 
Dans sa petite main, une main qui travaille,
Elle tient un bouquet noué d’un brin de paille,
Qu’ils sont allés cueillir dans les champs reverdis.
 
Tout poudreux, tout hâlés, regagnant leurs taudis,
Ils se sentent légers comme les fleurs qu’ils sèment
Au vent sur leur passage : ils sont heureux, ils s’aiment !
 
 
 

DEMAIN.


 

III.


 
Au dehors un temps gris de décembre. Au dedans
Le poêle froid, le lit vendu, le métier vide.
Assis, les bras croisés, calme, muet, livide,
L’ouvrier regardait, sa pipe éteinte aux dents.
 
Debout, sombre, les poings serrés, les yeux ardents,
Sa femme à son côté pleurait ; & chaque ride,
Comme un sillon creusé dans une terre aride,
Buvait sans les tarir ces flots trop abondants.
 
Et quand nous vîmes là cet homme & cette femme,
Et cette chambre nue & ce foyer sans flamme,
Nous eûmes le cœur pris d’une immense pitié.
 
Elle, devant nos mains pleines, baissa la tête
En rougissant; mais lui, n’entendant qu’à moitié :
« Femme, as-tu pas encor dix sous ? donne à la quête ! »
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 21 avril 2018 à 13h41

II bis

Saint Bollik
-----------

L’évêque Saint Bollik fut brûlé ce printemps ;
La dernière chanson qu’il avait composée
Et qu’un noir tribunal avait analysée
Avait été jugée un blasphème éclatant.

Montant sur le bûcher, son noble coeur battant,
Il songe à des jardins tout chargés de rosée ;
Il a peu de regrets que sa vie soit brisée :
Pour le vieillard qu’il est, ce n’est pas important.

Il contemple, pensif, le bourreau qui travaille
À garnir le bûcher avec des brins de paille
Qu’il est allé cueillir dans les champs refroidis.

L’exécuteur ira dormir dans son taudis,
La cendre volera, comme aux terres brumeuses
Le bon grain se disperse aux mains d’une semeuse.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 16 mars 2019 à 10h09

Quatre cent vingt et un
------------------

Quelques joueurs de dés s’abreuvent au printemps
Dans la vieille taverne, à tête reposée ;
La pratique du jeu n’est pas bien malaisée,
On réserve au vainqueur un triomphe éclatant.

Accoudé au comptoir, son noble coeur battant,
Il songe à la patronne au regard de rosée ;
Et si sa chance au jeu par elle était brisée,
Les trois dés cesseraient, pour lui, d’être importants.

Il contemple, pensif, le patron qui travaille
À porter aux enfants leurs verres et leurs pailles,
Aux parents un café qui bientôt refroidit.

C’est un estaminet, ce n’est pas un taudis,
On entend d’un marin la parole brumeuse
Qui parfois fait rêver notre aimable serveuse.

[Lien vers ce commentaire]

Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Μаrbеuf : Αutаnt quе Vаliаnе аvаit dе bеаutés

Hаbеrt : «J’ассоmpаrе аu Sоlеil сеs bеаuх sоlеils d’Αmоur...»

Hаbеrt : «À l’оmbrе dеs mуrtеs vеrts...»

Μаrоt : Du соntеnt еn аmоurs

Μаrbеuf : Lе Sеin d’Αmаrаnthе

Rоnsаrd : «Si с’еst аimеr, Μаdаmе, еt dе јоur еt dе nuit...»

Rоnsаrd : «Αllеr еn mаrсhаndisе аuх Ιndеs préсiеusеs...»

Sсudérу : Lа Νуmphе еndоrmiе

Durаnt dе lа Βеrgеriе : «Βеаuх уеuх dоnt lа dоuсеur si dоuсеmеnt m’еnivrе...»

Durаnt dе lа Βеrgеriе : Сhаnsоn : «Rоsinе, si tоn âmе...»

☆ ☆ ☆ ☆

Sаint-Ρоl-Rоuх : L’Épоuvаntаil

Μаrbеuf : Αutаnt quе Vаliаnе аvаit dе bеаutés

Hаbеrt : «Viеns, mа bеllе Flоrеllе, оù l’оmbrе nоir trеmblоtе...»

Riсtus : Sоnnеt : «Jе sаis un ruissеаu dоnt lе flоt сhаntоnnе...»

Hugо : Се qui sе pаssаit аuх Fеuillаntinеs vеrs 1813

Саrсо : Vеrlаiniеn

Rоnsаrd : «Αllеr еn mаrсhаndisе аuх Ιndеs préсiеusеs...»

Silvеstrе : Sur un аlbum

Ρоnсhоn : Lе Gigоt

Lоrrаin : Lе Jеunе Hоmmе еt lа Μоrt

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Ô musе inсоrrigiblе, оù fаut-il quе tu аillеs !...» (Rоllinаt)

De Сосhоnfuсius sur Dеvаnt lа grillе du сimеtièrе (Gаrnеаu)

De Сосhоnfuсius sur Αutаnt quе Vаliаnе аvаit dе bеаutés (Μаrbеuf)

De Vinсеnt sur «Si с’еst аimеr, Μаdаmе, еt dе јоur еt dе nuit...» (Rоnsаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt : «Jе sаis un ruissеаu dоnt lе flоt сhаntоnnе...» (Riсtus)

De Сurаrе- sur Lе Sеin d’Αmаrаnthе (Μаrbеuf)

De Сurаrе- sur «Αllеr еn mаrсhаndisе аuх Ιndеs préсiеusеs...» (Rоnsаrd)

De Jеhаn sur «Lоrsquе l’еnfаnt pаrаît...» (Hugо)

De V. Hugо sur Lе Gigоt (Ρоnсhоn)

De Snоwmаn sur Βаllаdе dеs сélébrités du tеmps јаdis (Βаnvillе)

De Εsprit dе сеllе sur Sœur équivоquе (Sеgаlеn)

De Сhristiаn sur L’ânе étаit pеtit (Jаmmеs)

De Сhristiаn sur Rimbаud

De Gаrdiеn dеs оiеs sur Μоn tеstаmеnt (Ρirоn)

De Εsprit dе сеllе sur Μаriа Gаrсiа (Βаnvillе)

De mаuguеg sur «Ιl plеut sur lа mеr, lеntеmеnt...» (Hаrаuсоurt)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur «Соmbiеn quе tоn Μаgnу аit lа plumе si bоnnе...» (Du Βеllау)

De Vinсеnt sur Féеriе (Vаlérу)

De Vinсеnt sur «Dе vоtrе Diаnеt (dе vоtrе nоm ј’аppеllе...» (Du Βеllау)

De Vinсеnt sur «Jе vоus еnvоiе un bоuquеt...» (Rоnsаrd)

De Hоrаtius Flассus sur Αriаnе (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе