de Sigogne


Louanges de Macette


 
Belle et savoureuse Macette,
Vous êtes si gente et doucette,
Et avez si doux le regard,
Que si vos vertus et mérites
N’étaient en mes œuvres décrites,
Je croirais mériter la hard.
 
Oui, je croirais qu’on me dût pendre,
Si je ne m’efforçais de rendre,
Avec de doubles intérêts,
Votre nom autant en estime,
Au mont des Muses, par ma rime,
Comme il l’est dans les cabarets.
 
Puis, votre amour qui s’abandonne,
Ne refusa jamais personne,
Tant elle est douce à l’amitié.
Aucun respect ne vous retarde ;
Et fût-il crieur de moutarde,
Vous en avez toujours pitié.
 
Votre poil, que le temps ne change,
Est aussi doré qu’une orange,
Et plus qu’un chardon, frisotté ;
Et votre tresse non confuse
Semble à ces mêches d’arquebuse
Qu’un Cadet porte à son côté.
 
Votre face est plus reluisante
Que n’est une table d’attente
Où l’on assied de la couleur ;
Et votre œil a telle étincelle
Que le Soleil n’est, auprès d’elle,
Qu’un cierge de la Chandeleur.
 
La Muse autour de votre bouche,
Volant ainsi comme une mouche,
De miel vous embrène le bec :
Et vos paroles non pareilles
Résonnent doux à nos oreilles
Comme les cordes d’un rebec.
 
Vénus, autour de vos œillades,
En cotte, fait mille gambades,
Et les Amours, comme poussins,
Ou comme oisons hors de la mue
Qui ont mangé de la cigüe,
Semblent danser les matassins.
 
Les Graces, d’amour échauffées,
Nu pieds, sans Jupe, et décoiffées,
Se tiennent toutes par la main ;
Et, d’une façon sadinette,
Se branlent à l’escarpolette
Sur les Ondes de votre sein.
 
Votre œil, chaud à la picorée,
L’ébat de Vénus la dorée,
Ne laisse rien passer sans flux ;
Et votre mine de poupée
Prend les esprits à la pipée,
Et les appétits à la glu.
 
Je ne m’étonne donc, Macette,
Étant si gente et si doucette,
Votre œil si saint et si divin,
Si vous avez tant de pratique,
Et s’il n’est Courtaud de Boutique
Qui chez vous ne prenne du vin.
 
Car, sans nulle miséricorde,
Je serais digne de la corde,
Si d’un captice fantastic
Je n’allais chantant vos louanges,
Priant Dieu, les Saints, et les Anges,
Qu’ils vous conservent au Public.
 
Ce n’est pas pourtant qu’il me chaille,
Que chez vous la vendange faille ;
Mais je craindrais dorénavant
Que votre vin, qui se disperse,
Vu le long-temps qu’il est en perce,
Se sentît un peu de l’évent.
 

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