André Spire

Poèmes juifs, 1919


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  Et cela s’incline avec une dévotion hypocrite, ou cela se gonfle avec outrecuidance.
HEINE


« Bonjour, monsieur,
Comment va madame votre grand-mère ?
Et l’usine ? Arrivez-vous à trouver les matières premières ?
Avez-vous obtenu des ouvriers militaires ?
En êtes-vous content ?
Ils filent doux, hein, maintenant !
Plus d’inspection du travail, plus de questions de salaires, plus de grèves !
Et s’ils rouspètent qu’on les renvoie au front !
Avez-vous des nouvelles de monsieur votre beau-frère ?
Ne trouve-t-il pas le temps trop long, si loin des siens ?
Est-il en bonne santé, et pas trop exposé ? »
 
Ainsi me parlent ces gens !
Ces bonnes gens, qui, lorsque j’avais les tempes mieux garnies,
Les yeux plus clairs, le cœur moins essoufflé,
Défendaient à leur fils de me parler.
 
Moi, j’en souffrais. On est bête à cet âge.
Sous la lumière colchique des bougies Jablochkov,
Eux trouvaient des danseuses au bal des Femmes de France.
Des filles de juge, d’officier, d’avocat, d’avoué.
Pour dégourdir mes jambes il fallait me rabattre
Sur Clotilde, la fille blonde du professeur de gymnastique,
Une excentrique qui mettait des gratte-culs dans ses cheveux,
Et le souper, j’allais le prendre à la brasserie du Centre.
Avec le gros van Pohr, le fils du ferblantier.
 
D’avoir bu trop souvent trop de bocks
Van Pohr est mort.
Clotilde est grand-mère.
La place du Beffroi, malgré les obus est toujours la même,
« Bonjour, monsieur, me disent-ils devant le café-glacier,
Avec ses quatre-vingt-neuf ans,
Madame votre grand-mère est, ma foi, bien allante ;
Toujours bonne, toujours aimable comme son frère.
Et vos neveux, les voilà maintenant capitaines !
Toujours dans le Nord ? Toujours vaillants.
Et pas trop exposés ?
Cher monsieur, quand venez-vous, chez nous, prendre le thé ? »
 
Innocents ! Ils croient que j’oublie !
Parce que, vers ce pays béat, une guerre me ramène
Comme un gibier chassé revient à son lancé ;
Parce qu’au milieu d’eux j’ai appris à dire :
Mon cher président, mon cher directeur ;
Qu’aux blagues des représentants je sais m’esclaffer
Et fais queue, dans les antichambres,
Des acheteurs des grands magasins ;
 
Que je sais serrer un prix de revient,

[...]

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