Marc Stéphane

(1870-1944)

D’autrеs pоèmеs :

Évосаtiоn

Un pеu d’аubе

 

 

Marc Stéphane

Savants devis et joyeux rythmes d’un buveur de soleil, 1894


Le Larron d’amour

En le bois d’amour où chante la brise, sous un fourré d’alise aux ramures d’argent,

Sournois et tapis, et l’œil aux écoutes, au bord de la route, guette doucement le larron d’amour.

 

Les pins se balancent, dominant la plaine, d’étranges parfums,

L’agonie des fleurs ! hante le feuillage, et trouble les nids, et trouble les cœurs !...

Et la bruyère bleue a de grands frissons !

 

Ah ! pauvre fillette, qui s’en vient par là, le cœur tourmenté, tendrement rêver !

 

Le larron d’amour a vu la fillette, qui s’en vient, simplette, et de fleurs parée.

Il a, le mauvais, dessous sa moustache un malin sourire, et la bouche ardente, saluant très bas :

 

— Hé ! joli minois, de ce pas léger, jupe retroussée et mignons souliers, où donc allez-vous ?

— Je m’en vais, monsieur, suivant le chemin, sous le bois joli écouter les nids, écouter mon cœur !

 

— Mais pourquoi, m’amie, de si grands soupirs, et ces yeux noyés de vague langueur !

— C’est parce que mon cœur est dans l’inquiétude !

— Un vilain chagrin ?...

— Depuis ce matin, il est plein de choses tendres et confuses, il voudrait s’ouvrir, et l’essor lui manque, et ces grands soupirs... ce sont des baisers qui voudraient aller...

— Où ?

— Je ne sais... Ah ! je suis bien seule !...

— Bon, nous serons deux !

 

Le larron d’amour l’a prise à la taille, d’un geste si doux, qu’elle fait la moue :

— Quoi donc ?

— Hé, monsieur, dit-elle, vous vous permettez des choses... qui sont un peu bien osées...

 

Mais l’étreinte soudain devient plus farouche, et d’un baiser lent il savoure sa bouche, si bien que l’enfant n’ose plus bouder.

 

Sur les feuilles hantées d’un Rêve qui prie l’onde de lumière ruisselle et s’épand.

Le fourré d’alise, qu’entrouvre la brise, offre aux sourds désirs ses ramures d’argent.

 

Ah ! pauvre fillette qui s’en venait là, le cœur tourmenté, tendrement rêver !

 

— M’amie ? Qu’est-ce donc, qui palpite-là, sous la gorgerette de beau satin blanc ?

— Ah ! monsieur, laissez la croix de maman, ma belle croix d’or, gage de ma foi !

 

— M’amie ? Qu’avez-vous, dessous ce corsage, qui halète et chante un si doux ramage ?

— J’ai, dit-elle, un cœur qui rit et qui pleure !

— Je veux d’un baiser vous le consoler !

— Sur mes lèvres ?

— C’est vous offenser ?... Alors, tenez, là, sur la rose tendre de ce sein de neige qui fait sa prison...

— Ah ! monsieur, dit-elle, il deviendra fol ?

— Bon, d’autres baisers lui rendront raison !

 

Ah ! pauvre fillette, qui s’en venait là, le cœur tourmenté, tendrement rêver !

 

— M’amie ? Qu’avez-vous dessous cette robe dont la soie chatoie, irritant mes doigts ?

— J’ai mon frais jupon, et ma chemisette en point d’Alençon... Mais... que voulez-vous ?

— Rien !..... Voir tout simplement ta chemisette en point d’Alençon, et ton frais jupon, m’amie !

 

— Oh ! finissez-donc ! Votre main, monsieur... Ah ! que faites-vous ? Vous me bousculez ? Oh ! cessez, cessez, car j’entends du bruit !

 

— Du bruit ? C’est le vent qui passe, m’amie !

— Non, je vous assure, car je vois, monsieur...

— Hé ! quoi donc ? L’oiseau dans les airs ? Ah ! je vois, dit-elle, la feuille à l’envers !...

 


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