Sully Prudhomme

Stances et Poèmes, 1865


Les Oiseaux


 
Montez, montez, oiseaux, à la fange rebelles,
Du poids fatal les seuls vainqueurs !
À vous le jour sans ombre et l’air, à vous les ailes
Qui font planer les yeux aussi haut que les cœurs !
 
Des plus parfaits vivants qu’ait formés la nature,
Lequel plus aisément plane sur les forêts,
Voit mieux se dérouler leurs vagues de verdure,
Suit mieux des quatre vents la céleste aventure,
Et regarde sans peur le soleil d’aussi près ?
 
Lequel sur la falaise a risqué sa demeure
Si haut qu’il vît sous lui les bâtiments bercés ?
Lequel peut fuir la nuit en accompagnant l’heure,
Si prompt qu’à l’occident les roseaux qu’il effleure,
Quand il touche au levant, ne sont pas redressés ?
 
Fuyez, fuyez, oiseaux, à la fange rebelles,
Du poids fatal les seuls vainqueurs !
À vous le jour, à vous l’espace ! à vous les ailes
Qui promènent les yeux aussi loin que les cœurs !
 
Vous donnez en jouant des frissons aux charmilles ;
Vos chantres sont des bois le délice et l’honneur ;
Vous êtes, au printemps, bénis dans les familles :
Vous y prenez le pain sur les lèvres des filles ;
Car vous venez du ciel et vous portez bonheur.
 
Les pâles exilés, quand vos bandes lointaines
Se perdent dans l’azur comme les jours heureux,
Sentent moins l’aiguillon de leurs superbes haines ;
Et les durs criminels chargés de justes chaînes
Peuvent encore aimer, quand vous chantez pour eux.
 
Chantez, chantez, oiseaux, à la fange rebelles,
Du poids fatal les seuls vainqueurs !
À vous la liberté, le ciel ! à vous les ailes
Qui font vibrer les voix aussi haut que les cœurs !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 janvier 2020 à 12h40

Sagesse du faisan
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Faisan plein de vertu sous tes nobles couleurs,
Ton désir au printemps toujours se renouvelle ;
Pagnol te préféra, certes, la bartavelle,
Celle-là, justement, que vante l’oiseleur.

Ton âme ne craint point le froid ni la chaleur,
Ni l’aquilon puissant, ni la bise cruelle ;
Ils ne font qu’aiguiser ta vie spirituelle,
Toute d’apaisement, loin du rire et des pleurs.

Tu n’es pas au labeur, tu n’es pas à la peine,
Tu entends le discours des muses souveraines,
Le bon Dieu te regarde et trouve que c’est bien.

Le faisan vit sa vie sans se prendre la tête,
Laissant les jours filer, comme font les poètes,
Aristote a chanté cet oiseau magicien.

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