André Theuriet

Les Voix du Printemps, 1860


Andante


 
L’ondée a tout le jour arrosé le jardin,
Mais vers le soir, parmi les feuilles renaissantes,
Un rayon du couchant a fait luire soudain
              Mille gouttelettes tremblantes.
 
Et les petits oiseaux blottis dans le buisson,
Secouant le duvet de leurs plumes mouillées,
Se sont mis à chanter alors à l’unisson
              La chanson des jeunes feuillées.
 
Le soleil disparu, leur babil s’est calmé ;
Ce n’était plus qu’un souffle, un soupir dans la brume...
Puis tout s’est tu. Voici que dans le ciel de mai
              La première étoile s’allume.
 
Au dehors ! en plein air !... On sent dans le chemin
Le parfum des lilas que le vent tiède effleure.
Entendez-vous un cor vibrer dans le lointain ?...
Heureux les cœurs unis qui s’aiment à cette heure !
 
Heureux le paysan qui rentre du labour,
Et, poudreux et lassé, songe, l’âme joyeuse,
Que c’est demain la fête et que tout un long jour
À la danse il pourra mener son amoureuse !
 
Heureux les fiancés ! Errant par les sentiers,
Ils causent à l’abri du verger domestique,
Et sur leurs fronts la lune entre les noisetiers
Glisse, de leurs amours compagne sympathique.
 
Bienheureux les époux ! Assis près d’un berceau,
Aux soupirs de l’enfant tous deux prêtent l’oreille,
Et tous deux, soulevant doucement le rideau,
Se montrent le mignon qui bégaie et sommeille.
 
Mais, par un soir pareil, malheureux et maudit
Celui qui, regagnant sa chambre solitaire,
Contemple sa maison morne et froide, et se dit :
— Moi, je suis sans amis et sans amour sur terre !
 
Pour lui, les chants d’oiseaux sont pleins d’éclats moqueurs,
Les baisers du soleil sont comme des morsures ;
L’épanouissement des bourgeons et des fleurs
Creuse au fond de son cœur de profondes blessures.
 
Et tandis que la terre aux sources du printemps
Se retrempe et se pare, il entend à toute heure,
Comme des mendiants à son seuil grelottants,
Le vide et l’abandon pleurer dans sa demeure.
 

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