André Theuriet


Automne


 
Dans la grande forêt de pourpre et d’or vêtue,
La chanson des oiseaux en septembre s’est tue.
Une musique ailée y vibre encor pourtant.
Comme un grésil léger sur le sol, on entend
Des chutes de glands murs, d’alises et de faînes.
Les feuilles des bouleaux, ainsi que des phalènes,
S’envolent de la branche et frissonnent dans l’air,
Laissant voir parmi leur éparpillement clair
De pâles coins d’azur et des fuites d’allées
Sombres, que ça et là traversent des coulées
De soleil blondissant. — Et c’est un chant très doux,
Pareil en sa mollesse aux caressants remous
D’une vague endormie et qui meurt sur le sable ;
— Un chant mélancolique et berceur, tout semblable
Au murmure voilé que font les jours défunts,
Effeuillant en nos cœurs les fragiles parfums
Séchés du Souvenir...
 
                                          Fantômes chers encore,
Souvenirs d’autrefois que le lointain décore,
Oui, l’automne est pour vous la saison des réveils.
Vous aimez la langueur de ses tièdes soleils,
Les reflets mordorés des eaux ensommeillées
Et l’échevèlement des tombantes feuillées.
 
Ô ma payse, viens, toi dont la blanche main
M’accompagne fidèle à travers le chemin
Bon ou mauvais, joyeux ou triste de la vie !
Viens ; reprenons la route au temps jadis suivie.
Dans les sentiers rouillés, le lourd bruissement
Des feuilles où nos pieds s’enfoncent un moment,
Et la sauvage ôdeur des fougères fanées,
Évoqueront pour nous les heures fortunées
Et les effusions exquises d’autrefois.
Écoute !... Tout là-bas, la pacifique voix
D’un clocher de village, avec le crépuscule,
Monte dans l’air humide et sur les bois circule ;
Et ce lent carillon sonore, qui s’enfuit
Comme s’en sont allés dans la brumeuse nuit
Du passé les désirs, les regrets et la peine,
Mer en nous un joie attendrie et sereine.
 
La vie humaine, même à l’approche du soir,
A sa tranquille fête et son vert reposoir.
Ainsi que la forêt féconde, elle nous donne
Le féerique décor et les fruits de l’automne.
 
Nous aussi, nous avons cueilli des fruits en route ;
Il est temps désormais que notre bouche en goûte
La fondante saveur et la maturité :
Enthousiasme, élans du cœur vers la bonté,
Émotions que l’Art et la beauté des choses
Laissent dans notre esprit comme une odeur de roses.
Ces communs souvenirs, récoltés à nous deux,
Ravivent notre amour, comme là-bas les feux
De bruyère, allumés aux clairières prochaines,
Réchauffent les doigts gourds des vieux coupeurs de chêne
 
Déjà l’ombre sous bois s’épaissit, mais les fûts
Élancés des grands pins et des hêtres touffus
Dans le soleil encor baignent leur cime haute ;
Ainsi notre tendresse : au sommet de la côte,
Une rose lueur l’illumine toujours.
Viens, même quand le soir la drape de velours,
La forêt reste belle en sa forme voilée.
Mets ton bras sur le mien et gagnons la vallée
Où dans les étangs clairs se mirent les bouleaux.
Un long vol de pluviers s’élève sur les eaux,
Tournoie et puis retombe, avec un sourd bruit d’ailes,
Dans la calme fraîcheur des roseaux et des prêles.
La nuit tombe avec eux, mais du fond des halliers
Où la feuille s’entasse et craque sous nos pieds,
Nous entendons encor les glands murs et les faînes
Choir sur le sol pierreux et sur l’eau des fontaines,
Avec ce bruit léger de grêle ou de grésil
Qui nous parlent des jours lointains de notre avril.
Et tandis que nos bras resserent leur étreinte,
Nous écoutons, rêveurs, un angélus qui tinte
Très loin, dans le clocher d’un village endormi,
Et dont la sonnerie argentine, parmi
Les taillis imprégnés d’automnales bruines,
Éveille en nous l’écho des saisons enfantines.
 

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